Les quatre temps d'hiver : signification

Publié le par WalkTsin

« Maintenant, je me réjouis de souffrir pour vous. Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Église ». (Épître de saint Paul aux Colossiens, 1,24)

 

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L'observance du jeûne et de l'abstinence n'est plus une obligation pour le mercredi, vendredi et samedi, cependant là où nos ancêtres jeunaient par justice, il nous est proposé de le faire par charité.

 


La liturgie romaine connaît depuis très longtemps, à côté du cycle annuel, un cycle trimestriel, en ce sens que, dans chacune des quatre saisons de l'année, il y a une semaine particulièrement distinguée dite des Quatre-Temps. Trois jours de cette semaine, le mercredi, le vendredi et le samedi, sont fixés comme jours de jeûne et pourvus d'un formulaire propre, qui montre encore des traits antiques.


Il nous reste du pape saint Léon le Grand une série de sermons pour les Quatre-Temps. Le dimanche qui précède la semaine des Quatre-Temps, il parle de la signification de la pénitence et du jeûne, et il termine par cette invitation : « Nous jeûnerons donc le mercredi et le vendredi, quant au samedi nous veillerons tous ensemble près de saint Pierre ».


Nous savons par les Ordines romains que, dans le haut moyen âge, tous les trois jours avait lieu, comme introduction à l'office divin, une procession de pénitence (collecta), tout comme en certains jours du Carême. Dans la nuit du samedi au dimanche, il y avait une vigile complète. Aussi ces samedis s'appelaient-ils, dans les livres liturgiques du haut moyen âge, sabbatum in XII lectionibus. On lisait, comme à Pâques, douze péricopes spécialement choisies de la Sainte Écriture. Chacune se terminait par un chant responsorial et une oraison.

 

Les six leçons que notre Missel comporte encore avant l'Évangile des samedis des Quatre-Temps, avec le Flectamus genua et l'oraison qui les suivent chaque fois, en sont un vestige. La messe dite après les lectures valait pour le dimanche. Dans certains des plus anciens manuscrits liturgiques, se trouve cette annotation : Dominica vacat, c'est-à-dire le dimanche n'a pas de messe propre. Toutefois, à partir du VII° siècle, un formulaire de messe fut généralement ajouté.


Les opinions diffèrent relativement à l'origine des Quatre-Temps. G. Morin a voulu y voir les jours de fête de la moisson de la Rome antique, qui avaient lieu trois fois par an : à l'époque de la semaille, à la moisson et à la vendange. Bien que les chrétiens se soient gardés d'accepter des formes du culte païen, ils ont pu conserver des époques de prières qu'ils avaient observées déjà lorsqu'ils étaient païens. En outre certains indices montrent que tout d'abord le christianisme a observé non pas quatre, mais trois semaines. À la place des Quatre-Temps de printemps, eut lieu, de bonne heure, la préparation à la fête de Pâques.


Toutefois l'influence de l'usage antique demeure pure conjecture. Peut-être S. Léon le Grand n'a-t-il pas tort de faire remonter les Quatre-Temps à une origine apostolique ; il semble même que le judaïsme antérieur au christianisme connaissait un usage analogue. Chez le prophète Zacharie (8, 19), il est question d'un « jeûne du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois » et, dans les textes hébreux de la mer Morte, découverts en 1947, il est question de prières spéciales pour les trois (ou quatre) saisons.


Mais en tous les cas l'Église romaine a donné à cet usage une empreinte nouvelle. Nous pouvons distinguer trois éléments dans les Quatre-Temps : les Quatre-Temps étaient des semaines de recueillement spirituel revenant une fois tous les trimestres. Aussi, durant ces semaines, on jeûnait plus rigoureusement et au jeûne était jointe la prière. On devait aussi pratiquer avec une ferveur particulière les oeuvres de miséricorde et donner aux pauvres ce qu'on avait épargné par le jeûne.


Ensuite on voulut, aux Quatre-Temps, remercier Dieu pour la moisson ou demander la bénédiction divine sur les semailles. Les Quatre-Temps de la Pentecôte correspondaient à la moisson, ceux de l'automne à la vendange et ceux d'hiver à la récolte d'huile. On aimait à rappeler à cette occasion les paroles du psaume où il est question du froment, du vin et de l'huile (4, 8). De nombreuses peintures des catacombes montrent du reste combien les chrétiens de Rome vivaient avec la nature et avec les saisons.

Enfin, à partir du pape Gélase Ier, les vigiles des Quatre-Temps devinrent les jours de collation des ordres majeurs. Dans une ordonnance de 494, Gélase prit cette décision : Les prêtres et les diacres ne seraient plus ordonnés qu'au cours de la vigile nocturne du samedi de ces quatre semaines de jeûne et, en outre, au cours d'une semblable vigile de la semaine située au milieu du Carême [Note]. Ce sont les mêmes dates qui, avec la vigile pascale, sont encore prescrites aujourd'hui (canon 1006).

 

Elles paraissaient particulièrement appropriées au but mentionné, parce que la semaine qui les précédait représentait la meilleure préparation pour les candidats à l'ordination comme pour le peuple. Une prescription du Capitulare ecclesiastici ordinis franco-romain (milieu du VIII° siècle) montre combien on attachait de valeur à cette relation de l'ordination avec la vigile : Si la semaine des Quatre-Temps au début du Carême ne tombe pas dans le mois de mars, il faut faire les ordinations plus tard, mais alors en observant le mercredi et le vendredi de la même manière et en lisant « 12 leçons le samedi » puis on ferait l'ordination.

 

C'est, au fond, la même idée qui se trouve dans le canon 1001, prescrivant aux candidats aux ordres majeurs de se préparer durant six jours par une retraite à leur ordination. Seulement, autrefois, le peuple chrétien aussi devait participer à ces exercices spirituels préalables.

 


 Le fondement de l’enseignement de l’Église sur la mortification est le fait que Jésus Christ, par amour pour l’humanité, a librement accepté de souffrir et mourir  pour la Rédemption et le salut du monde. Les chrétiens sont appelés à imiter le grand amour de Jésus et, entre autres choses, à le rejoindre dans ses souffrances rédemptrices. Ils sont ainsi appelés à « mourir à eux mêmes ». L’Église prescrit certaines mortifications -jeûne et abstinence de viande- pendant le Carême, mais antiquement il y avaient les quatre temps, ou encore l'avent.

Dans l’histoire de l’Église, certaines personnes se sont senties appelées à de plus grandes pénitences, par exemple le jeûne fréquent, l’utilisation d’une haire, d’un cilice ou encore d’une discipline. Les vies de nombreux grands saints, présentés comme modèles pour les chrétiens, l’attestent : saint François d’Assis, sainte Thérèse d’Avila, saint Ignace de Loyola, saint Thomas More, saint François de Sales, le saint curé d’Ars, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, et bien d’autres.

Les quatre temps n'étant plus d'obligation on peut insister davantage sur les petits sacrifices quotidiens (sourire, bien faire son travail, donner un coup de main à quelqu’un).

 


 

 

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Sources : ceremoniaire.net

 

 


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