La fidélité et le sacrifice des Gardes Suisses défendant les Tuileries

Publié le par WalkTsin

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Le texte qui suit fut rédigé en 1818 par le colonel Pfyffer d'Altishoffen, chevalier des ordres militaires de Saint-Louis et de Maurice Lazare. Une plume fidèle retrace avec simplicité les faits héroïques de ces incorruptibles soldats, qui ont péri sur les degrés du trône qu'ils avaient juré de défendre ; leur courage aurait sauvé le monarque, s'il avait pu l'être.

 

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Les Spartiates combattaient pour leurs femmes, pour leurs enfants, pour leur gloire, pour leur patrie, pour les autels de leurs dieux, les Suisses pour le sentiment du devoir, de la foi aux serments, de l'honneur de leur pays. Les Spartiates et les Suisses savaient d'avance qu'ils marchaient à une mort inévitable ; ils l'ont acceptée de sang froid, sans délibérer ni se plaindre. Mais les Spartiates avaient leur roi à leur tête et ce roi n'avait pas ses propres sujets pour ennemis.et l'on justifiera ce titre, en écartant autant que possible des souvenirs amers.

 

Mais l'oubli du passé n'exclut pas la mémoire des grands services, et si l'éloge du plus noble dévouement annonce qu'il y eut des coupables, cette condamnation muette n'altère point la paix publique ; elle est sous un double rapport une dette acquittée envers la postérité.


Pourquoi l'admirable dévouement des Suisses du 10 août n'a-t-il pas eu le succès pour récompense ? Dieu le sait, mais ce n'est point murmurer contre la providence que de gémir sur une catastrophe, dont les suites ont si cruellement pesé sur la Suisse et sur l'Europe.

Dès le commencement de la révolution, la situation du régiment des gardes Suisses fut singulièrement pénible, il était placé au foyer de l'anarchie, les scènes les plus désastreuses se succédaient rapidement autour de lui. Les journées de Réveillon, des champs Elysées, du cinq et du six octobre, n'étaient que les faibles préludes d'événements encore plus sinistres, et surtout plus décisifs. Le régiment environné des périls et harassé de fatigues, déploya dans toutes ces circonstances, un caractère inaltérable de sang froid,d'ordre, de discipline. Il conserva dans le service la ponctualité des temps calmes. On n'épargna rien pour corrompre les soldats du régiment des gardes Suisses ; promesses, menaces, séduction de principes, exemple des autres troupes, tout fut employé, rien ne les ébranla ; leur fidélité jeta l'ancre au milieu de la tempête politique qui les investissait de toutes parts. Un décret de l'assemblée constituante avait anéanti la discipline ; il n'eut jamais aucune influence sur le régiment ; ce furent les soldats eux-mêmes qui réclamèrent le maintien de leurs antiques règlements ; le corps entier ne formait qu'une famille, dont le sort et les intérêts occupaient également les chefs et les subalternes. Le major baron de Bachmann était l'âme du régiment.


Il est un genre de récompense qu'une conduite noble, fière, conséquente, obtient toujours ; partout où un détachement des gardes Suisses se présentait, il était respecté quelque faible qu'il fût.

Cependant la gravité des circonstances de la révolution allait toujours croissant, et chaque jour augmentait aussi les fatigues des troupes fidèles ; une catastrophe inévitable et prochaine était prévue de tout le monde. Cette considération détermina les officiers, qui étaient autorisés à aller jouir de leur semestre en Suisse, à y renoncer, pour rester auprès de la personne du roi, afin de partager le sort de leurs camarades ; mais on leur fit connaître que l'intention formelle de Sa Majesté s'y opposait ; ce malheureux prince cherchait à éviter l'ombre même de ce qui eut pu donner du soupçon. A mesure que le danger devenait imminent et que l'on approchait de la crise, le caractère de loyauté du régiment se prononçait davantage ; le sort qui l'attendait était connu de chacun, mais tous voulurent mourir plutôt que de compromettre l'honneur et la réputation des Suisses et de souiller des drapeaux sans tache.


De tous côtés il arrivait des rapports sur les intentions hostiles des Marseillais, et l'on manquait de munitions. Depuis longtemps les canons du régiment avaient été livrés sur l'ordre supérieur, contre lequel le corps des officiers avait en vain protesté. Les menaces des fédérés obligèrent les chefs à consigner les soldats dans les casernes ; on voulait éviter des querelles particulières, qui pouvaient avoir des suites fâcheuses et fournir des prétextes à la malveillance. Les officiers profitèrent de ce temps de retraite pour retracer aux soldats leurs devoirs ; ils leur dirent que le temps était venu où leur fidélité serait mise à la plus rude épreuve ; il faut le dire à l'honneur de ces braves, les exhortations étaient superflues, pas un seul n'hésita.


Cette situation, que les âmes généreuses peuvent seules bien comprendre, dura plusieurs jours. Le 4 août le régiment reçut ordre de se porter sur Paris ; (l'on savait que les fédérés et les faubourgs devaient attaquer le château des Tuileries). Le régiment partit la nuit des casernes de Courbevoie et Ruelle, après avoir enterré une partie des drapeaux. Le marquis de Maillardoz lieutenant colonel et le baron de Bachmann major vinrent au devant de lui jusqu'au pont de Neuilly; le corps marchait dans le plus grand silence, avec les mêmes précautions qu'on prend en temps de guerre en pays ennemi. Ce silence, un ordre admirable, la contenance ferme et froide des soldats en imposèrent sans doute aux factieux, et comme tout fut tranquille au château, la même nuit le régiment retourna aux casernes ; le lendemain on en détacha 300 hommes, qui furent envoyés en Normandie.


Depuis le 4 août jusqu'au 8, la fermentation se développa ; dans tous les carrefours, les émissaires des conspirateurs ameutaient et soulevaient le peuple ; on les entendait provoquer publiquement au meurtre, au siège des Tuileries, au châtiment du tyran.


On s'arrête à ce mot de tyran


Le meilleur des rois a été le plus malheureux des hommes; doué d'un esprit juste et même d'une raison supérieure, étranger aux passions qui égarent la jeunesse, inaccessible à tous les genres de corruption des cours, bon, simple, économe, religieux, sévère envers lui-même,indulgent pour les autres, Louis XVI porta sur le trône toutes les vertus d'un magistrat et d'un sage ; il aima son peuple comme un père et tous ses devoirs comme un chrétien. Mais l'histoire de sa vie offre dans plus d'un sens des leçons à tous les princes ; plus confiant dans son opinion personnelle, plus capable d'une volonté constante, plus énergique contre le crime, mieux soutenu par son caractère contre les séductions de sa bonté, Louis eut vécu longtemps pour le bonheur de la France. La puissance d'un grand caractère est le premier besoin des rois.


Le 8 août, sur les dix heures du soir, Mr d'Erlach, capitaine de garde, remit à Mr de Glutz, aide major, un ordre conçu en ces termes : "Mr le colonel ordonne, que le régiment soit rendu demain à trois heures du matin aux Tuileries".


Messieurs de Maillardoz et de Bachmann avaient reçu cet ordre de Mr Mandat, alors commandant général de la garde nationale de Paris. On fit le partage des cartouches aux casernes, et l'on ne put en distribuer trente par homme ; tout le monde marcha ; ceux que leur âge exemptait du service, voulurent le faire ce jour là ; il ne resta aux casernes que les malades et les fourriers. A la porte Maillot une ordonnance venant de Paris, remit au commandant un passeport signé Pethion.


La nuit suivante, celle du 9 au 10 août, messieurs Mandat, de Maillardoz et de Bachmann firent occuper les divers postes du château par les gardes nationales et par les Suisses ; on en plaça dans la cour, à la chapelle et à la porte royale. Le baron Henri de Salis, comme le plus ancien capitaine du régiment, commandait des postes de Gibelin des postes des escaliers et de la cour de la reine. Il avait sous ses ordres le chevalier de Gibben, sous-aide-major. La réserve de 300 hommes commandés par le capitaine de Durler, ayant sous ses ordres Mr de Pfyffer d'Altishofen, capitaine, et Mr de Glutz aide-major, était placée dans la cour des Suisses, pour se porter où l'on aurait besoin d'elle.


La gendarmerie à pied avec une partie de la gendarmerie à cheval vint se ranger dans la cour ; ne s'y trouvant pas placés commodément, ils allèrent se mettre en bataille près du palais royal, et une partie d'entre eux finit par charger les Suisses dans leur retraite.


Des gentilshommes et des personnes attachées au roi s'étaient rendus en grand nombre au château, armés d'épées et de pistolets ; on ne peut que louer leur intention, elle était excellente ; on doit désapprouver leur démarche et avouer, qu'armés comme ils l'étaient, ils ne pouvaient qu'embarrasser la défense, en même temps qu'ils inspiraient de la méfiance à la garde nationale.


A 11 heures du soir, on avait reçu l'avis que le tocsin serait sonné à minuit, et bientôt on eut connaissance au château de l'arrêté du faubourg St. Antoine, dont voici les principaux articles : "Assiéger le château, y exterminer tout le monde et surtout les Suisses ; forcer le roi à abdiquer, le conduire avec la reine et la famille royale à Vincennes, pour s'en servir comme otages, dans le cas où les étrangers se porteraient sur Paris".


A minuit l'on entendit sonner le tocsin et battre la générale. Mr de Bachmann s'assura que tout était en ordre ; il donna des instructions aux officiers ; il envoya les officiers-majors visiter les postes ; depuis ce moment, ce brave officier ne quitta pas le roi un seul instant et l'Europe sait qu'il a eu le même sort que ce prince.


Le son lugubre du tocsin, loin de décourager les soldats, les animait davantage. A deux heures du matin, quatre bataillons des faubourgs étaient déjà arrivés sur la place du carrousel ; ils n'attendaient que leurs complices pour exécuter leur horrible projet.


Entre quatre et cinq heures, Mr Mandat reçut l'ordre de se rendre à la commune ; on l'attendait pour l'égorger sur les degrés de l'hôtel de ville; on savait qu'il avait dans sa poche l'ordre signé PETHION de repousser la force par la force, et l'on voulait par ce meurtre soustraire cette pièce écrite à la publicité.


Vers les six heures du matin, le roi tenant par la main monseigneur le dauphin, descendit dans la cour royale, accompagné de quelques chefs de division et commandants de bataillon de la garde nationale, et de messieurs de Maillardoz et de Bachmann; il passa d'abord devant la garde nationale, puis devant les Suisses qui crièrent : "Vive le roi !". Un bataillon armé de piques, qui entrait dans ce moment dans la cour, criait à tue-tête "Vive la nation !". Il en résulta une discussion assez vive, à laquelle les canonniers de la garde nationale surtout prirent beaucoup de part ; Mr de Durler parvint néanmoins à les calmer, en leur représentant dans son singulier langage, que le roi et la nation ne faisaient qu'un; cependant le bataillon qui venait d'entrer dans la cour, reconnut qu'il n'était pas à sa place, et alla se ranger parmi ses pareils.


Un moment après, Mr Roederer procureur général syndic, en écharpe tricolore ainsi qu'un autre membre de la commune et Mr de Boissieux officier général, parcoururent tous les postes; ils proclamèrent verbalement l'ordre que l'on avait déjà reçu par écrit, de défendre le château,et de repousser la force par la force. Alors des gardes nationales, qui n'avaient pas chargé, chargèrent leurs fusils et les canonniers leurs pièces. A sept heures, les murmures recommencèrent, et des bataillons entiers de gardes nationales allèrent joindre les séditieux.


Entre 8 et 9 heures, le roi se détermina à se rendre dans le sein de l'assemblée nationale avec toute la famille royale et quelques gentilshommes. Il était escorté de deux bataillons de gardes nationales et des gardes Suisses de garde, avec Messieurs de Maillardoz, de Bachmann, de Salis-Zizers aide-major, Chollet et Allimann adjudants. La reine fit d'inutiles efforts pour empêcher ce funeste départ, après lequel la résistance la plus héroïque ne pouvait plus avoir un heureux résultat ; Monsieur de Bachmann l'avait prévu et l'avait dit.


Ce départ fut décisif pour les gardes nationales, qui occupaient l'intérieur du château et les cours ; la plus grande partie abandonna les Suisses ; les uns allèrent joindre les bataillons des faubourgs, d'autres se dispersèrent. Tous cependant ne partagèrent pas cette défection ; parmi ceux qui restèrent fidèles, il faut citer la presque totalité des braves grenadiers des filles St.-Thomas.

L'armée de Santerre se mit en mouvement, ses canons en tête, et bientôt on la vit s'avancer vers les portes du château.


Le maréchal de camp de jour, se voyant presque seul avec les Suisses, jugea qu'il ne pourrait pas conserver les cours avec si peu de monde, il cria : " Messieurs les Suisses, retirez-vous au château ". Il fallut obéir, laisser six pièces de canon au pouvoir de l'ennemi, et abandonner les cours. On aurait dû prévoir qu'il faudrait les reprendre, sous peine d'être brûlé dans le château ; de simples soldats le disaient tout haut; cependant l'on obéit, et l'on prit les dispositions que le temps et les localités pouvaient permettre ; on garnit de soldats les escaliers et les croisées du château ; le premier peloton fut placé à la chapelle, c'est-à-dire, un peloton des grenadiers des filles St.-Thomas en première ligne, et les gardes Suisses en seconde.


Mr le capitaine de Durler trouva au premier appartement, en face du grand escalier, Mr le maréchal de Mailly, qui était avec Mr. de Zimmermann lieutenant des grenadiers et officier général. Mr. le maréchal ayant annoncé à Mr de Durler, qu'il était chargé de la part du roi, de prendre le commandement du château, Mr de Durler lui demanda ses ordres ; "de ne pas vous laisser forcer" repartit le maréchal. Mr de Durler répondit qu'on pouvait compter.


Ce fut le seul ordre que les Suisses reçurent de ce maréchal de France, et on ne saurait leur reprocher de ne l'avoir pas suivi à la lettre.


Pendant que Mr de Durler parlait avec Mr le duc de Mailly, il vit distinctement par la fenêtre, le portier du roi ouvrir la porte royale aux Marseillais ; ils entrèrent peu à peu, élevant leurs chapeaux et faisant signe aux Suisses de venir les joindre, un de la bande plus hardi que les autres, s'approcha d'une fenêtre et lâcha un coup de pistolet ; le sergent Lendi allait répondre à cette insolence provocation ; les officiers le retinrent, mais cet acte de modération ne servit, comme à l'ordinaire, qu'à enhardir les assaillants.


Enfin toute la colonne ennemie entra et plaça ses canons en batterie ; on égorgea des sentinelles Suisses qui étaient placées au pied du grand escalier, où les premiers Marseillais montèrent au poste de la chapelle, le sabre à la main. Messieurs de Durler, de Reding, Joseph de Zimmermann et de Glutz aide-major, accoururent pour faire placer à la hâte une barre de bois en travers de l'escalier ; Mr de Boissieux voulut haranguer les assaillants, mais d'affreux hurlements couvrirent sa voix ; enfin quand ceux-ci virent que leur tentative était inutile, ils se retirèrent, en accablant les Suisses d'injures.

Voici quel était l'état des choses, au moment où le combat allait commencer. 750 Suisses répartis sur plus de 20 postes ; 200 gentilshommes sans armes; quelques gardes nationales restées fidèles, tous sans commandant en chef, sans munitions, sans canons, attaqués de toute part par près de cent mille hommes d'une populace furieuse, ayant avec elle 50 pièces d'artillerie ; cette populace se sentait encouragée par le corps législatif et disposait de la municipalité.


La troupe de Santerre fit une décharge,qui blessa plusieurs soldats; les grenadiers des filles Saint-Thomas rispostèrent, et les Suisses suivirent leur exemple ; les Marseillais répondirent par une décharge générale d'artillerie et de mousqueterie, qui coûta la vie à beaucoup de monde ; Mr Philippe de Glutz, lieutenant des grenadiers, fût tué et Mr de Castelberg eut la cheville du pied fracassé.

L'action devint générale, elle se décida bientôt en faveur des Suisses. Le feu des croisés et celui de la réserve de Mr de Durler en furent très meurtriers. En peu de temps la cour se trouva évacuée ; elle était jonchée de morts, de mourants et de blessés.


Messieurs de Durler et de Pfyffer firent du château une sortie avec 120 hommes ; ils prirent quatre pièces de canon et redevinrent maîtres de la porte royale. Pendant qu'ils traversaient le carrousel, un autre détachement sous les ordres du capitaine Henri de Salis s'empara de trois canons qui étaient à la porte du manège, et les amena jusqu'à la grille du château ; de là ce second détachement alla rejoindre le premier, sous le feu d'artillerie, qui de la porte de la cour de la reine, tirait sur eux à mitraille. Les Suisses réunis portèrent l'épouvante et la mort parmi les assaillants ; la cour royale fut couverte de morts ; ils enlevèrent une partie des canons de leurs adversaires et réussirent à les conserver ; mais ils ne parvinrent pas à faire taire un feu à mitraille, qui, d'une petite terrasse placée vis-à-vis du corps de garde des Suisses, plongeait sur la cour royale. Ces braves soldats essuyaient un feu meurtrier avec le sang froid et la tranquillité du courage. Les détachements étaient criblés, mais se ralliaient toujours de nouveau. Après des efforts presque miraculeux, les Suisses restèrent les maîtres du champ de bataille ; les soldats traînèrent les canons pris aux ennemis ; les officiers y contribuèrent partout on se battait avec un égal acharnement ; partout l'ennemi était repoussé et les Marseillais qui formaient les têtes des colonnes d'attaque, souffraient prodigieusement.


Mais les Suisses voyaient avec anxiété, approcher le moment où l'épuisement des munitions allait les laisser exposés au feu exposés au feu de l'ennemi, sans aucun moyen d'y répondre.


Dans cet instant critique, Mr d'Hervilly, (tué depuis pour la cause royale à Quiberon) arrive sans armes, sans chapeau, à travers des coups de fusil et de canon ; on voulait lui montrer la disposition qu'on venait de faire du côté du jardin ; il ne s'agit pas de cela, dit-il, il faut vous porter à l'assemblée auprès du roi. "On crut pouvoir encore être utile à cet infortuné monarque, et une voix (c'était celle du baron de Viomesnil lieutenant général et frère aîné du maréchal de France de ce nom) une voix, qui cria. 'Suisses, allez sauver le roi; vos ancêtres l'ont fait plus d'une fois " confirma cette trompeuse espérance.


Il fallait chercher à rallier ; on réunit les tambours qui n'avaient pas péri ; on fit battre l'assemblée, et malgré la grêle de balles qui tombait de toutes parts, on parvint à ranger les soldats comme à un jour de parage. Pour couvrir la retraite on pointa deux des pièces enlevées aux assaillants et qui se trouvèrent encore chargées contre le vestibule, à côté de la grille. Mr de Durler y plaça deux hommes avec ordre de lâcher leurs coups de fusil sur la lumière, si l'on était poursuivi. Messieurs de Reding, de Glutz et de Gibelin aidèrent quelques soldats à transporter une pièce de canon sous vestibule ; ce fut dans ce moment que Mr de Reding eut le bras cassé d'un coup de carabine.


La traversée du jardin fut excessivement meurtrière ; il fallut soutenir un feu très vif de canon et de mousqueterie, qui partait de trois points différents, la porte du pont royal, celle de la cour du manège et la terrasse des Feuillans ; Mr de Gross eut la cuisse cassée, il tomba près du bassin auprès du groupe Arria et Paetus.


Enfin l'on arriva dans les corridors de l'assemblée nationale ; le baron Henri de Salis, emporté par son ardeur, entra dans la salle du corps législatif l'épée à la main, au grand effroi du côté gauche de l'assemblée ; les députés qui le composaient, crièrent : les Suisses ! les Suisses ! et plusieurs d'entre eux cherchaient à se sauver par la fenêtre.


Un député vint ordonner au commandant de faire mette bas les armes à sa troupe ; celui-ci refusa de le faire. On conduisit Mr de Durler auprès de S. M. ; il dit au roi; "Sire ! on veut que je mette bas les armes"; le roi répondit : "Posez les entre les mains de la garde nationale, je ne veux pas que de braves gens comme vous périssent ". Un moment après, le roi lui envoya un billet de sa propre main, conçu en ces termes: le roi ordonne aux Suisses de poser les armes et de se retirer aux casernes. Cet ordre fut un coup de foudre pour ces braves soldats ; ils criaient qu'ils pouvaient se défendre encore avec la bayonette ; plusieurs pleuraient de rage; mais dans cette affreuse extrémité. La discipline et la fidélité prévalurent ; tous obéirent.


Cet ordre de quitter leurs armes et de se livrer ainsi sans défense à des tigres altérés, de leur sang, fut le dernier sacrifice que l'on exigea des Suisses.


On sépara les officiers d'avec les soldats, ceux-ci furent conduits à l'église des Feuillants; officiers furent déposés dans la salle des inspecteurs ; les députés entrèrent pour les voir, non sans manifester des craintes, qui dans les uns étaient accompagnés de férocité et de bassesse, et dans les autres, de pitié.


Vers le soir, un député, nommé Bruad, de l'un des départements français, où l'on parle l'allemand, vint trouver les officiers, et leur officiers, et leur dit en cette langue : qu'il allait faire tout ce qui dépendrait de lui, pour les sauver ; en effet il leur procura des redingotes et la facilité de sortir, alors chacun isolément, chercha à se tirer d'affaire comme il put ; ces officiers fidèles erraient dans Paris, proscrits par la fureur populaire, au moment même où un décret du corps législatif venait de mettre les Suisses sous la sauvegarde de la loi.


Le château n'étant plus défendu, l'armée de Santerre y entra, massacrant lâchement les blessés et tous ceux qui s'étaient perdus dans l'immensité du palais. Une partie des Suisses qui occupaient les appartements n'avait pu se joindre au détachement qui se retira sur l'assemblée nationale; ils descendirent au moment où les Marseillais entraient dans le château, et ayant trouvé chargées les deux pièces que Mr de Durler avait laissées, ils y mirent le feu, ce qui leur donna le temps d'opérer leur retraite par le jardin ; avec eux se trouvait le père Second Lorettan, capucin et aumônier du régiment ; il fallut traverser une grêle de coups de fusil et de coups de canon ; là périrent Mr le baron Waldener, Mr Simon de Maillardoz, Mr de Muller et beaucoup de soldats. Cette petite troupe s'était dirigée d'abord sur l'assemblée nationale, et y fut reçue à coups de fusil ; elle se porta au pont-tournant et le trouva fermé; enfin elle put sortir par le jardin du dauphin. Arrivée à la place Louis XV, la gendarmerie à cheval les Suisses ; la plupart furent massacrés ; le père Second fut sauvé par son déguisement. Un moment après le sergent Stoffel de Mels, canton St. de Gall, commandant 15 hommes qu'il avait ramassés de divers postes, se fit jour jusques sous le vestibule où se trouvaient les canons qui venaient d'être abandonnés et que les Marseillais gardaient ; il s'empara de trois ; un quatrième était encloué ; il les défendit encore quelque temps et fit enfin sa retraite sur l'assemblée.

Accablés par le nombre, les Suisses n'ont pu laisser d'autres trophées que les cadavres entassés de leurs ennemis. Mille traits particuliers d'héroïsme et de dévouement se sont perdus dans la gloire générale de cette journée. Nous regrettons surtout de ne pouvoir citer le nom de tous les hommes généreux, qui, au péril de leur vie ont sauvé le petit nombre d'officiers et de soldats, échappés au massacre.


Mr de Montmollin, qui venait d'entrer au régiment, emprunta un uniforme à Mr de Forestier pour pouvoir assister au combat; il était enseigne de bataillon et a conservé, jusqu'à son dernier soupir, le drapeau qui lui a coûté la vie. A la tête de quelques soldats, il était parvenu à se fairejour jusqu'à pied de la statue de la place Vendôme ; là, ne pouvant plus avancer, après s'être battu comme un héros, et avoir tué de sa main plusieurs ennemis, percé enfin par derrière, il tomba dans les bras d'un caporal, qui se perdit, sans pouvoir le sauver ; "laissez-moi périr, lui dit-il, et ne pensez qu'à sauver le drapeau". Le caporal qui le soutenait, ayant reçu lui-même un coup mortel. Mr de Montmollin s'enveloppa dans son drapeau. Ses meurtriers ne purent s'en emparer après sa mort, qu'en le déchirant.


Un sentinelle Suisse, attaquée par une foule de Marseillais en tua sept ; et n'ayant plus de cartouches, elle se servit de son sabre et tua encore plusieurs ennemis, avant de succomber.

Ainsi finit le régiment des gardes Suisses du roi de France, comme l'un des ces chênes robustes dont l'existence séculaire a affronté cent orages, et qu'un tremblement de terre a pu seul déraciner.

Il est tombé le jour même, où l'antique monarchie française s'est écroulée ; il comptait un siècle et demi des services fidèles, rendus à la France.


Pour détruire ce corps respectable, il a fallu la réunion d'une foule d'événements malheureux ; il a fallu que les Suisses fussent privés de leur artillerie, de leurs munitions, de leur état-major, de la présence du roi ; il a fallu les affaiblir cinq jours avant le combat, par un détachement de trois cents hommes, il a fallu que les deux cents hommes qui accompagnèrent le Roi à l'assemblée ne puissent pas tirer un coup de fusil ; qu'au moment de l'attaque, un ordre mal calculé rendit inutiles les sages dispositions de Messieurs de Maillardoz et de Bachmannn ; qu'au moment d'une victoire dont on devait poursuivre les avantages.Mr d'Hervilly vint diviser et affaiblir la défense ; il a fallu enfin pour anéantir ce corps, éternel honneur de notre pays, qu'on réunit contre lui cent mille hommes, et une artillerie immense.


Il y a une modestie de nation, qui interdit à un Suisse, de faire autrement que par le récit des faits, l'éloge de la fidélité de ses compatriotes ; mais il lui est permis de rappeler que les Suisses se sont battus à la Bérezina comme à Morgarten, et que les Suisse du 20 mars ont été fidèles comme ceux du 10 août.


Ils ont donc bien mérité, ces braves, le monument que nous leur élevons sur le sol helvétique. Ceux qui en ont conçu la pensée, ceux qui contribuent à son exécution, entendent de bien haut, quelques clameurs dispersées et fugitives ; ils savent que l'esprit ne peut apprécier tant d'héroïsme que quand l'âme est digne de le comprendre et qu'un sentiment vertueux rend capable de l'imiter.

Bien peu de Suisses du 10 août ont survécu à cette fatale journée ; l'approbation de leur patrie et l'admiration de l'Europe les dédommagent de la perte de leur état et de leur fortune. Il n'attendait plus de récompenses de la France, lorsque le roi a bien voulu par un décret du 10 août 1816, leur donner des témoignages de sa satisfaction ; ils ont alors conçu des espérances qui seront régler sans doute, car ils ne peuvent pas avoir compté en vain sur la parole d'un roi. Juste .


Les officiers qui accompagnèrent le roi à l'assemblée, et qu'on transféra dans les prisons de l'abbaye ; ceux qui furent pris à Paris dans les visites domiciliaires ont été tous massacrés ; le baron de Bachmann seul a péri le 2 septembre 1792 sur l'échafaud qui attendait le vertueux Louis XVI. 

 

 

Colonel Pfyffer d'Altishoffen

 

Les Adieux Suisses évoque le départ d’un soldat à la guerre et son amour pour son amie restée sur la terre natale. Il a longtemps existé une tradition en Suisse de service dans des armées étrangères, tradition qui subsiste de nos jours au Vatican.

La coopération avec la France s'acheva avec le massacre, le 10 août 1792 des gardes suisses par une partie de la population parisienne et des Gardes françaises, fanatisée par des révolutionnaires.

Louis XVI quitte ce jour-là les Tuileries pour chercher refuge auprès de l'Assemblée. Le Roi ordonne aux Suisses de déposer à l'instant leurs armes et de se retirer dans leurs casernes alors que la populace attaque les Tuileries. Mais les Suisses accomplissent leur devoir jusqu'au bout : "Honneur et fidélité" sont les mots qui sont inscrits sur leurs drapeaux. Ils seront massacrés jusqu'au dernier, égorgés, dépecés pour certains. Plusieurs centaines de soldats sont assassinés.

En novembre 2005, le gouvernement français de droite refusa à la Suisse l'apposition d'une plaque en souvenir de ce massacre.

Durant ces heures terribles, les Suisses auraient entonnés notamment ces Adieux suisses de circonstance. 

 

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I. Nous étions trop heureux mon amie
Nous avions trop d’espoir et d’amour
{Nous croyions nous aimer pour la vie
Mais hélas, les beaux jours sont si courts. (bis)

II. Le bonheur dure peu sur cette terre
Entends-tu tout là-bas, le tambour
{Mon doux cœur je m’en vais à la guerre
Ne crains rien jusqu’au jour du retour. (bis)

III. L’ennemi a franchi nos frontières
Il a pris nos maisons et nos champs
{Pour reprendre le pays de nos pères
Il faut vaincre ou mourir bravement. (bis)

IV. Tes baisers étaient doux à mes lèvres
Ton sourire était doux à mes yeux
{Aujourd’hui tes larmes sont amères
Donne-moi le baiser de l’adieu. (bis)

V. Compagnons, si l’ sort veut que je meure
Retirez cet anneau de mon doigt
{Mon amie est là-bas qui pelure
Dites-lui cette bague est à toi. (bis)

 

 



 


 

Publié dans Histoire de France

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Dani de Tane 23/09/2011 09:23


lire;Chevalier de l'Ordre de Saint Maurice et Saint Lazar,
(cavaliere della Sacra Religione de'Santi Maurizio e Lararo )
merci pour l'article nous avons une messe tout les Ans pour
les Suisses .