Les enseignements de Jehanne

Publié le par WalkTsin

Sermon du P. Jean-Paul Argouarc’h en la basilique de Domrémy au pèlerinage à sainte Jehanne d’Arc pour l’Association Notre-Dame de Bermont, le dimanche 25 septembre, en la solennité de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. 



 

 

"S’il peut sembler un moment que triomphent l’iniquité, le mensonge et la corruption, il vous suffira de faire silence quelques instants et de lever les yeux au Ciel pour imaginer les légions de Jehanne d’Arc qui reviennent, bannières déployées, pour sauver la Patrie et sauver la Foi." 

 

 

 

 

 


Si nous sommes dans cette basilique c’est parce que nous aimons la France, notre douce France… Nous avons tous entendu le cri de Jehanne d’Arc, interprété par Charles Péguy : « Il faut que France et Chrétienté continuent… » La France est une nation consacrée par Dieu, qui a une mission !


En ce temps-là, comme aujourd’hui, il y avait grande pitié au Royaume de France.


Au sud de la Loire, la terre est au Dauphin. Pauvre Dauphin ! Pauvre Charles VII ! Le beau pays de France est plein de misères. L’Anglais pille, vole et tue ! Les Français ne s’aiment plus. Ils se regardent par-dessus la Loire comme des chiens. La terre est dévastée. C’est la famine. Les maisons brûlent comme feu de paille. Les princes s’attaquent les uns les autres. Le Royaume de France est sans force. Il est comme un cadavre… La gangrène le décompose… Et une odeur affreuse envahit la campagne. La mort rôde… Les loups sortent de leur tanière et attaquent les villages… Les corbeaux tournent dans le ciel avant de fondre sur leurs proies…


« Etait rouge le feu, était noire la nuit, la Nation semblait à l’agonie. Plus de chef, plus de Roi, un destin malheureux s’abattait sur la pauvre Patrie. »


Dieu aura-t-il pitié du Royaume des Lys ? « Si tu veux labourer droit, accroche ta charrue à une étoile », dit le proverbe. « Parce que les constellations racontent la gloire de Dieu », dit le psaume. Mais même les étoiles ne semblent plus briller ! Alors monte la prière des pauvres gens. De milliers de chaumières monte la prière des enfants et des familles catholiques, monte la prière des monastères encore debout.


Et le Christ entend l’appel de la France profonde, la France des terroirs… Comme il a entendu l’appel de saint Pierre dans la barque du lac de Tibériade : « Seigneur, Seigneur, nous périssons, et cela ne vous fait rien ! »


La petite de Domrémy est née sous le signe de l’Epiphanie… Elle est née sous l’étoile des Rois. Elle est née sous le signe de la royauté. Ce matin-là, tous les coqs se mirent à chanter. Il résonne, le petit clocher de Domrémy, il résonne pour l’éternité en ce jour de grâce ! La fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée reçoit le nom de Jehanne. Dans l’eau baptismale une âme est lavée du péché originel ! Une âme reçoit l’appel à la sainteté 


Jehanne fille de l’Eglise notre Mère.

Jehanne fille de Dieu.

Jehanne fille de France, répondras-tu à ta vocation ?


« Recevez ce vêtement blanc, puissiez-vous le porter sans tache jusqu’au tribunal de Notre Seigneur Jésus-Christ de manière à posséder la Vie Eternelle. »

A treize ans elle entend des voix qui lui transmettent l’ordre de Dieu : c’est saint Michel Archange, sainte Catherine et sainte Marguerite. « Jehanne, Jehanne, il y a grande pitié au Royaume de France. Pars ! Va en France ! Tu délivreras Orléans, tu mèneras le Roi recevoir son sacre à Reims. Va ! Fille de Dieu, Va ! » Et les voix se font de plus en plus pressantes.


Petite Jehanne, il faut te décider, il faut obéir à Dieu…


« Il faut quitter ta chaumière, ton clocher, il faut quitter ton père et ta mère, si douce, pour ne plus les revoir, le veux-tu ? »


Et Jehanne pleurait et répondait : « Si Dieu le veut, je le veux. »


« Petite Jehanne, il te faudra supporter les fatigues de la guerre, recevoir des blessures, voir ton sang couler, le veux-tu ? »


Et Jehanne pleurait et répondait : « Si Dieu le veut, je le veux. »


« Petite Jehanne, il faudra aller en prison et mourir toute jeune d’une mort terrible, le veux-tu ? »

 

Et Jehanne pleurait et répondait : « Si Dieu le veut, je le veux. »


Oui, Dieu le voulait, mais quel cœur courageux que celui de cette petite fille qui allait accepter cette mission divine, celle de sauver la France, la Fille aînée de l’Eglise.


La mission de Jehanne c’est Notre Seigneur Jésus-Christ qui se mêle à nos douleurs, à nos larmes, à nos épreuves, à nos déchirures. C’est Notre Seigneur Jésus-Christ qui commande debout dans la tempête. Ce sont les mystères douloureux dans l’espérance des mystères joyeux et glorieux. Les Saints et les Saintes étaient éclairés par les apparitions ; mais Jehanne d’Arc vivait dans l’Apparition. Elle vivait le dogme de la Communion des Saints. La mission de Jehanne d’Arc est de nous apprendre la France. Elle avait reçu de ses parents comme un insigne de promesse. C’était un anneau et sur cet anneau il y avait gravé cette belle devise, « Jhesus Maria ».


Toute la vie si courte de Jehanne d’Arc sera résumée par ces deux mots si chers à nos cœurs : Jésus et Marie. Elle avait fait vœu de virginité, et tout ce qu’elle fait, elle le fait avec la grâce de Dieu. Elle a remporté sur le champ de bataille la triple palme de la Virginité, de la Victoire et du Martyre. En trois mois, Jehanne d’Arc ressuscite plus que Lazare et la fille de Jaïre, elle ressuscite la France.


Jetée au milieu des camps et dans l’arène de la guerre, elle est pieuse et recueillie comme une fille du Carmel. Jehanne s’avance fers aux pieds, seule et sans le secours de l’Eucharistie. Elle est livrée aux interrogatoires, aux tortures, au chantage. Elle est menacée. Elle reste habillée en homme pour se protéger, pour protéger son intégrité physique, sa virginité. Elle tient tête aux abbés mitrés, aux Docteurs de l’Université, aux évêques, aux archevêques… Au bout d’un an de prison et de mauvais traitements, elle lance au juge qui tient sa vie entre ses mains : « J’en appelle à vous devant Dieu […], j’en appelle à Notre Seigneur le Pape, je veux être conduite à Rome et être interrogée par le Pape. » « Vous pouvez m’enchaîner » dit-elle à ses juges, « mais vous n’enchaînerez pas la fortune de la France. »


J’ai eu la grâce de célébrer la messe dans la cathédrale de Reims le 15 août 1996 pour le quinze centième anniversaire du Baptême de la France. C’était la messe de l’Assomption, c’était la fête de la France. J’ai célébré à l’autel près duquel se tenaient Charles VII et Jehanne d’Arc.


Mais aujourd’hui, en cette basilique, on peut mesurer encore plus le fossé séparant Jehanne des temps actuels. Aujourd’hui, les Droits de l’Homme représentent les Tables de la Loi. Retentit encore la question de Jean-Paul II au Bourget : « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? (…) France, fille aînée de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’Alliance avec la Sagesse éternelle ? »


Que serait la France sans le baptistère de Reims ? Conduire Charles VII au baptistère de Reims, c’est revenir aux racines de notre Patrie.


Jehanne ne manquait jamais d’assister à la Sainte Messe : « L’Autel est le pressoir de l’Eglise car le sang du Christ ruisselle », disait saint Padre Pio, le prêtre stigmatisé qui en célébrant la Messe tachait de son propre sang les nappes de l’autel. Dom Guéranger a dit que la France fut sauvée car Dieu accepta Jehanne qui était vierge comme hostie.

Le premier enseignement que nous donne Jehanne d’Arc porte sur la hiérarchie des valeurs. Sur sa bannière était marqué « De par le Roi du Ciel ». Nous devons « regarder vers celui que nous avons transpercé ». Dieu Premier Servi !


Le deuxième enseignement porte sur la puissance incroyable que possède la Vérité face à la corruption et au démon. Il faut professer notre foi sans avoir peur, n’oublions jamais que la petite Thérèse de Lisieux a écrit le Credo avec son propre sang. Un jour elle avait incarné Jehanne d’Arc et elle disait :


« J’aime la France, ma Patrie,

Je veux lui conserver la Foi

Je lui sacrifierai ma vie

Et je combattrai pour mon roi. »


Le troisième enseignement, Jehanne réhabilite la vertu de Force : elle fut Chef de guerre à dix-sept ans. Qui pourrait nier que l’armée a toujours fourni au monde et à l’Eglise de nombreux saints et une phalange de martyrs ? Saint Martin et le bienheureux Charles de Foucauld n’ont rien renié de leur vocation militaire en choisissant le Sacerdoce, dit le Père Yves Salem Carrère…


Par contre, beaucoup de guetteurs sont aveugles, rappelait le prophète Isaïe. « Nous n’avons pas le droit d’être des tièdes ou des chiens muets », ajoutait le bienheureux Charles de Foucauld.

Dieu viendra-t-il une nouvelle fois sauver la France ?


Nous allons entrer dans une année johannique alors que nous allons vivre les turbulences des élections !


Le cœur de Jehanne d’Arc n’a pas été brûlé ; ramassé dans les cendres il battait toujours. Peut-on arrêter un cœur qui a tant battu pour le Christ et pour la France ?


Jehanne veille toujours sur sa chère patrie ; elle n’oublie pas le pacte de Reims… Il y a toujours à genoux Charlemagne et saint Louis qui prient pour la France.


Le péché, la corruption politique, les scandales, l’immoralité, le laïcisme agressif, la montée de l’Islam, les crimes contre l’enfant à naître, les projectiles médiatiques et diaboliques, tout cela ne nous empêche pas de garder l’Espérance…


Les flammes du bûcher de Rouen éclairent les incrédules, les Pharisiens, les politiciens. Même les bourreaux disaient qu’ils avaient brûlé une Sainte. Notre Espérance c’est la Renaissance catholique, les vocations religieuses, sacerdotales, familiales. Ce sont nos écoles, nos unités scoutes et les mouvements de jeunesse et de Chrétienté.


Pie XII croyait à la résurrection de notre France, Fille aînée de l’Eglise. Il disait :


« S’il peut sembler un moment que triomphent l’iniquité, le mensonge et la corruption, il vous suffira de faire silence quelques instants et de lever les yeux au Ciel pour imaginer les légions de Jehanne d’Arc qui reviennent, bannières déployées, pour sauver la Patrie et sauver la Foi. »


Marcher dans les pas de Jehanne d’Arc c’est marcher sur les chemins de l’Honneur et de la Fidélité. C’est marcher sur ses pas à la suite du Christ qui a dit « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Je suis la Lumière et la Résurrection. 


« O Jehanne souviens-toi que tu sauvas la France

Comme un ange des cieux tu guéris sa souffrance

Ecoute dans la nuit la France qui gémit

Rappelle-toi… »


… disait la petite Thérèse de l’Enfant Jésus.


Rappelle-toi ! Il nous reste l’Espérance. C’est un flambeau qu’il nous faut brandir et qui éclaire le baptistère de Reims d’une lumière divine… La colombe qui s’échappe du cœur de Jehanne sur le bûcher de Rouen est la même qui porte la Sainte Ampoule aux Rois de France.


Père Jean-Paul Argouarc’h


 

 

Publié dans Histoire de France

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