Le triple désir que suscite en moi le culte des saints

Publié le par WalkTsin


  http://www.turnbacktogod.com/wp-content/uploads/2010/11/All-Saints-Day.jpg

 

Les saints n'ont nul besoin de nos honneurs et notre ferveur à les célébrer ne leur apporte rien. En vérité, lorsque nous vénérons leur mémoire, il y va de notre intérêt, non du leur. Personnellement, lorsque je fais mémoire des saints, je ressens en moi un désir violent qui m'enflamme.

On dit communément : loin des yeux, loin du cœur. L'œil, c'est la mémoire. Et penser aux saints, c'est en quelque sorte les voir. C'est de cette manière que nous avons part dans la Terre des Vivants. Et ce n'est pas une part médiocre si l'élan de notre affection accompagne notre mémoire. Notre vie est dans le ciel, même si c'est d'une manière différente de celle des saints. Ils s'y trouvent dans leur être même, nous y sommes en nos désirs; ils y sont par leur présence, nous y sommes par notre mémoire.

Voici le premier désir que la mémoire des saints éveille ou fait grandir en nous : le désir de jouir de leur compagnie si délectable, le désir de devenir les concitoyens des esprits bienheureux, le désir de nous mêler aux cortèges des prophètes, au collège des apôtres, aux martyrs, en un mot le désir de partager la communion et l'allégresse de tous les saints.

Toute évocation de l'un des saints est comme une étincelle, comme une torche brûlante qui enflamme les cœurs aimants et leur donne soif de voir leur visage et de les embrasser. A tel point que très souvent ils se considèrent même comme déjà parmi eux, et le cœur tout vibrant ils se jettent avec un immense désir tantôt vers tous les saints à la fois, tantôt vers tel ou tel d'entre eux.

Les saints nous désirent et nous n'en tenons pas compte ! Réveillons-nous, mes frères, ressuscitons avec le Christ, recherchons les réalités d'en haut. Désirons ceux qui nous désirent, courons par les élans de notre cœur au devant de ceux qui comptent sur nous. Car dans notre communion présente, il n'est nulle perfection, nul repos. Et pourtant même ici, qu'il est agréable d'habiter en frères, tous ensemble ! Toutes les contrariétés sont allégées du fait de la compagnie de frères si proches, avec qui nous ne formons qu'un cœur et qu'un âme dans le Seigneur. Combien plus douce alors, cette communion du ciel où un parfait amour nous liera tous en une indissoluble alliance : tout comme le Père et le Fils sont un, de même nous aussi nous serons un en eux ! Mais ce n'est pas seulement la compagnie des saints qu'il nous faut souhaiter pour nous, c'est aussi leur bonheur. De manière à ambitionner avec une extrême ferveur la gloire de ceux dont nous désirons déjà la présence.

Tel est donc le deuxième désir que le souvenir des saints suscite en nous : que le Christ se montre à nous, tout comme à eux, dans sa gloire, et que nous aussi nous puissions apparaître avec lui dans la gloire. Pour qu'il nous soit permis d'espérer cette gloire et d'aspirer à un si grand bonheur, il nous faut aussi désirer intensément le secours de la prière des saints. Ainsi ce que nous sommes incapables d'obtenir par nous-mêmes, nous sera donné grâce à leur intercession.

Je suis d'avis de mettre une confiance encore plus grande en ceux dont je sais qu'ils partagent ma condition humaine même: ils éprouvent nécessairement une miséricorde plus intime pour ceux qui sont l'os de leur os et la chair de leur chair. C'est auprès de nous que leurs corps ont été ensevelis dans la paix, eux dont les noms vivent pour toujours, eux dont la gloire n'est jamais ensevelie.

Loin de vous, âmes saintes, cette cruauté de l'échanson du Pharaon : aussitôt rétabli au rang qu'il occupait auparavant, il oublia Joseph, le saint, retenu prisonnier dans son cachot. Ce n'est pas ainsi que notre Jésus aurait pu oublier le brigand crucifié avec lui. Ce qu'il avait promis, il l'a tenu : le jour même où le brigand souffrit avec lui, il régna aussi avec lui.

Mais celui qui a dit : si un seul membre est à l'honneur, tous les membres partagent sa joie, a affirmé aussi : si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance. Voilà donc la solidarité qui nous unit, eux et nous : nous, nous partageons leur joie, eux, ils partagent nos souffrances. En pensant à eux d'un cœur aimant, nous participons à leur victoire, tandis qu'eux-mêmes combattent parmi nous et pour nous, en intervenant avec bonté..

Nous ne saurions douter de leur attention pleine de bonté à notre égard puisque dans l'impossibilité où ils sont de parvenir sans nous à la perfection, ils nous attendent. Oui, ils nous attendent jusqu'au jour où nous recevrons, nous aussi, notre récompense. De la sorte, lors du dernier et grand jour de la fête, tous les membres du corps ensemble concourront à former avec à leur tête si élevée l'Homme parfait, et Jésus-Christ uni à tout son héritage recevra la louange, lui notre Seigneur qui est, au-dessus de tout, digne de louange et de gloire pour les siècles.

Bernard de Clairvaux, Pour la Toussaint V, 5-11, Le triple désir que suscite en moi le culte des saints 

 

Commenter cet article