Le chemin de Saint Jacques

Publié le par WalkTsin

Chemin de terre, chemin de Foi, voie millénaire de l'Europe, le pèlerinage de compostelle est jalonné de légendes, de prières, d'attentes et de miracles. Quatre routes conduisent au tombeau de l'apôtre saint Jacques : la via podensis, de l'auvergne aux confins de la Galice est la plus illustre d'entre elles.

 

 


 

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Du Puy jusqu'à Santiago, le chemin de l'étoile se déploie sur 1500 km, à travers la vielle France, le pays de Margeride et de l'Aubrac, le Lot et la Navarre. Il poursuit sa course outre les Pyrénées pour rejoindre Roncevaux, dès lors c'est le camino francés, la Navarra, la Rioja, plein ouest toujours, les plaines de Castille, puis après encore et encore des monts qui tutoyent le Ciel, la Galice et Santiago. Santiago de Compostella, estella comme l'étoile qui nous a indiqué le corps glorieux de Saint Jacques le Majeur, comme les étoiles de la voie lactée de Charlemagne. Quinze z cents kilomètres à travers ce qui était la Chrétienté, quinze cents kilomètres à pèregriner sur le camino de los vagabundos de Dios pour obtenir l'indulgence plénière et la joie.

La voie lactée de Charlemagne prend naissance dans le cœur du viel Puy en Velay, elle ne quitte plus le pèlerin tout au long du voyage, il en est de même pour  le chemin de forces telluriques qui commence en la petite chapelle romane de Saint Michel d'Aiguihle, édifiée sur un dyke volcanique par l'évêque Godescalc quelques temps avant l'an mil.

 

Ce chemin tellurique est jonché d'églises romanes bâties en un temps où l'on construisait des églises en des lieux particuliers, et où on ne faisait pas de l'art pour de l'art, on exigeait des savants et non des artistes, ici il fallait être un initié, l'église était alors un temple catalysant les éléments sous la royauté du tabernacle. Je vous parle d'un temps où l'on savait construire des temples, le roman c'est le roc massif et robuste, c'est l'exaltation des forces telluriques, la quadrature du cercle, les lois profondes de l’âme de la pierre, des arbres, des eaux. Les églises romanes, ce sont les Vierges noires qui nous sauvent, ces « Sedes Sapientiae »  assissent sur une cathèdre, vêtue du pallium, l’Enfant Jésus sur le genou gauche, tous deux faisant face, le regard hiératique, lointain. La tête et les mains sont peintes en noir ; les vêtements sont bleu-vert, rouge et blanc avec filet doré, rien n'est laissé au hasard. Et il reste pour toujours ces « Vierges en majesté », Notre Mère rigide sur un siège carré ; l’Enfant a une tête d’adulte : c’est le Logos éternel, il bénit d’une main et dans l’autre tient un livre fermé, ces vierges de l'an mil elle sont le lien entre la Terre et le Ciel sur le chemin que le pèlerin entreprend.

 

Le Chemin se poursuit, imprimant la cadence de nos pas, partout des fruits sauvages au détour des sentiers, dons célestes pour les hères de la terre, résonne à l'âme les couplet du kyrie des geux des routier de Vézelay, "bissac et ventre creux", l’Aubrac et ses vaches, ses essaims de verts pâturages, ses tourbières et ses clairières, enfin ses Calvaires et leur amoncellements de petits cailloux, autant de vœux exaucés ou de peines déposées... Le reste, c'est le silence et le vent d'Autan, celui qu'on nomme encore le vent des fous ...

 

Le corps et les pensées lavés par l'effort se délient dans la vaste plénitude, la foulée s'allonge et s'allège, la communion peut commencer, on se met à chercher comme ceux qui doivent trouver pour paraphraser saint Augustin. On se met à aimer la lenteur, forme unique du mereilleux moderne, elle seule peut encore nous jeter sur les routes. Le Soleil et le Ciel d'azur et c'est tout, "in loco vastae solitudinis" dans ce lieu de vaste solitude, cela éclaire le sens de la route, oui Dieu se révèle vraiment dans les déserts.

 

 

Il faut grimper, dévaler les sentes abruptes, boire aux sources, s'arrêter aux calvaires, souffrir et rendre grâce. Puis vient les temps d'altitude en élévation, les Pyrénées, passer le col de Roncevaux, la montagne prise dans des lacets de nuages, un ciel anémique, la fraicheur, à y regarder bien, les mouvement des nuages montagnards ressusciteraient la bataille légendaire qui opposa les armées de Charlemagne et de son fidèle Roland aux Sarrasins. Les ténèbres nocturnes arrivant, la messe de neuf heures du soir les dissipe , la messe des pèlerins célébrée par le supérieur de la collégiale Santa Maria de Roncevalles. "Que tous ceux qui se rendent à Compostelle approchent" il nous bénit, protection contre les maux, les ennemis visibles et invisibles, invocation du Santo Patron Santiago, de Nuestra Senora, et les chants acapela sont entonnés, le sanctuaire est envahi en dedans et en dehors de la mélodie du Salve Regina, en pleine montagne, a mil kilomètres de Saint Jacques, on se laisse croire en la beauté ...  

 

De grâce souvenez vous de nos longs pèlerinages...

 


Puis viendra la solitude de la plaine, les doutes : "Seigneur, où étais tu lorsque j'ai tant pleuré? pourqui ne marchais tu pas à mes côtés?" et le Seigneur m'a répondu : "Mon enfant, les jours où tu ne vois qu'une trace sur le sable, ce sont les jours où je t'ai porté".

 

Tel le chapelet, les villages s’égrènent, Maneru, Cirauqui, Estella, les cigognes sur les toits, la fontaine de vin. Puis après Burgos et sa cathédrale magnifique, son Cid matamore, c'est la pleine immense, on comprend mieux les patriarches bibliques, on sait pourquoi Dieu se relève dans le Désert, la meseta est un royaume blanc que le soleil irradie comme un ostensoir, le paysage est sévère, aride, la soif réelle ou spirituelle continu, l'horizon ne cesse de reculer à mesure que l'on progresse, seul avec son ombre qui nous pèse et nous ralentit. Sous la brûlure du jour, marcher vers la nuit, et sous la glace des étoiles nues souhaiter la brûlure du jour, disait Saint Exupery ...

 

 

Des lieues plus tard, San Anton son monastère abandonné et Castrojeriz, son castel et sa colline immense. Le reste u partage entre personnes qui n'ont rien, on partage la dérotue, la faim, la soif intérieure, des gens qui sont des véritables hospitaliers médiévaux pansent nos blessures : "Emprunter le chemin, c'est s'approcher d'une vérité ou, du moins, laisser cette vérité s'approcher de soi. On ne fait pas le chemin, c'est le chemin qui nous fait. Il est à l'aune de l'amour et du temps : il nous traverse et l'on ne peut que le traverser".

 

Arrive la ville de Léon, les derniers monts de Castille, l’aridité puis reviendra la pluie après une ultime montée, Dieu nous a dépouillé, il a brisé en nous toute certitude humaine pour que nous sachions que Lui seul tient lieu de toutes choses d'ici-bas.

 

 

La montée vers la Galice et à son sommet encore un monastère, il fait froid et pleut sans discontinuer, 150 km et c'est fini, la Galice est rude, c'est la Bretagne, maison en pierre et toit en ardoise, langue plus celtique, cornemuses dans les villages ...

 

 

Décidement le voyage n'est jamais celui qu'on attend, que l'horizon se dérobe, rien à dire, il est dans sa nature même de fuir, c'est la destination qui se moque vraiment de nous, nos chemins nous mènenet toujours ailleur, certains qui n'ont pas l'esprit du chemin s'agaceront de cette indocilité, de ce jeu, les autres savent du plus profond de leur âme que c'est un autre nom pour le sel de vivre.

 

Puis les bornes datant des temps anciens, cent kilomètres, plus que cent kilomètres, déjà, et puis l'arrivée à Saint Jacques. Certains s'émeuvent aux larmes devant le but accompli. Les autres sont absents, encore tout à la marche, tout à Dieu, aux rencontres fortuites si belles, aux adieux attendus, à la croisée des chemins qui conduisent au plus près de soi, au plus près de Lui. Une volée de marches conduit jusqu'au tombeau de l’apôtre Jacques le Majeur, fils de Zébédée, certains disent que ce n'est pas lui, qu'importe, ce qui est vrai n'est pas forcément exact...

 

 

Oui on ne peut vraiment pas asservir l'homme qui marche...

Publié dans Divers

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