La Femme, le Christianisme et le Moyen-Âge

Publié le par WalkTsin

 

La femme, le Christianisme et le Moyen-Âge.

 

Excellent article de VIDI AQUAM sur la dignité de la femme dans la sainte religion, alor que nos ennemis nous accusent de tous les maux, rappellons que nous sommes les seuls qui avons mis le monde entier à genoux devant une femme, une mère, la très sainte vierge Marie !


 



'entrée de l'abominable théorie du « gender » dans l'enseignement scolaire français, considérant comme secondaire la distinction masculin-féminin parmi le genre humain, est l'une des conséquences empoisonnées du féminisme libertaire de la fin du siècle dernier. Dans un monde où la Vérité n'a plus sa place et où l'on cherche à détruire des consciences les différences naturelles qui font les hommes et les femmes, l'Église serait-elle rétrograde ? Il faut dire que sa distinction, fondée sur les textes révélés, entre les sexes, son primat donné à la masculinité dans certains domaines, la dimension paternelle de beaucoup de ses fonctions ne la placent pas « dans le vent » ( mais le proverbe alsacien ne dit-il pas que "Seuls les poissons morts nagent avec le courant"? ).


      Pourtant, quelle est la religion, l'institution la plus favorable à la femme et à la véritable féminité ? Entre l'aliénation islamique et la suicidaire « émancipation » féministe, l'Église occupe le juste milieu, sommet d'excellence entre pentes inverses. Combien de femmes n'a-t-Elle pas placées sur les autels ? Aucune civilisation n'a davantage reconnu et honoré la gent féminine que la Chrétienté. Elle a fait de la maternité une fonction sainte et sacrée. Elle a protégé et consacré la virginité, faisant de la chasteté une vertu très féconde. Elle a éduqué, instruit la jeunesse féminine sur le modèle de la « femme forte » du Livre des Proverbes, avec toute la grâce du Cantique des Cantiques et la candeur du livre de Ruth, et lui a montré comme modèle la plus excellente des créatures, la plus belle, la plus pure, la plus parfaite : une femme, la Très Sainte Vierge Marie.

      Sans prétendre faire le tour de la question, le présent article consacre son thème à la femme dans la Chrétienté médiévale et à l'influence que le Christianisme exerça en sa faveur dans l'Histoire, et plus particulièrement au cours du Moyen-Âge ; afin de non seulement dissiper quelques clichés contemporains véhiculés par l'air du temps, mais encore, à l'heure où l'on tend à vouloir transformer les femmes en hommes par la négation de leurs singularités, pour rendre un hommage à la femme, et particulièrement à la femme chrétienne, de tout temps le secours irremplaçable de l'homme et l'alliée indéfectible de l'Évangile et de la vraie foi. 
      Ces quelques lignes n'ambitionnent pas de traiter d'ontologie, de théologie ou de doctrine, mais simplement d'exposer quelques faits et personnages historiques significatifs. Pour cela, elles s'appuient principalement sur la très intéressante étude de Régine Pernoud : « La femme au temps des cathédrales », ainsi que sur quelques idées puisées dans l'ouvrage de référence de Jean Chélini : « Histoire religieuse de l'Occident médiéval ». Voir aussi le N° 279 de la revue Una Voce, consacrée elle aussi à la femme en Chrétienté.


Introduction — La femme dans le monde païen.


      Pour mieux apprécier la spectaculaire restauration de la dignité de la femme opérée dès le haut Moyen-Âge par l'intermédiaire du Christianisme, il est bon de savoir ce qu'était la condition féminine en Occident, c'est-à-dire dans le monde romain, au Ier siècle de notre ère : juristes et historiens du droit nous renseignent avec une parfaite clarté à ce sujet.
   
      En ce qui concerne la femme, l'essentiel de ce droit romain a été lumineusement exposé par le juriste Robert Villiers : « A Rome, la femme, sans exagération ni paradoxe, n'était pas sujet de droit... Sa condition personnelle, les rapports de la femme avec ses parents ou avec son mari sont de la compétence de la domus dont le père, le beau-père ou le mari sont les chefs tout-puissants... La femme est uniquement un objet. » Même lorsque, sous l'Empire, sa condition s'améliore, le pouvoir absolu du  père se faisant un peu moins rigoureux, les historiens constatent : « L'idée qui prévaut chez les juristes de l'Empire – et ils ne font qu'exprimer sur ce point le sentiment commun des Romains –  est celle d'une infériorité naturelle de la femme. » Aussi bien la femme n'exerce-t-elle aucun rôle officielle dans la vie politique et ne peut-elle remplir aucune fonction administrative : ni dans l'assemblée des citoyens, ni dans la magistrature, ni dans les tribunaux. La femme romaine n'est cependant pas confinée dans le gynécée comme l'était la femme grecque, ni comme le sera plus tard la femme dans les civilisations islamiques, claquemurée dans un harem ; elle peut prendre part aux fêtes, aux spectacles, aux banquets, encore qu'elle n'ait pas d'autres droits que celui d'y être assise, alors que la coutume veut que l'on mange couché à l'époque. Dans les faits, le pouvoir du père quant au droit de vie et de mort sur ses enfants reste entier : sa volonté, par exemple pour le mariage de sa fille, demeure « très importante » ; en cas d'adultère, lui seul a le droit de tuer la fille infidèle, l'époux n'ayant que le droit d'occire son complice ; l'adultère du fils, en revanche, ne sera sanctionné que sous le Bas-Empire par la restitution de la dot de la femme.
 

      Somme toute, la femme, pas plus que l'esclave, n'existe à proprement parler au regard du droit romain. Les adoucissements à la condition féminine n'interviennent donc que tardivement, sous l'Empire et surtout le Bas-Empire, et ce n'est aussi que durant cette dernière période qu'on prévoit pour elle quelques sanctions en matière de rapt ou de viol.



I — L'influence de l'Évangile sur les femmes au cours des premiers siècles.
 
 
 
« Il est universellement admis – et cela même par ceux qui ont une attitude critique à l'égard du message chrétien – que le Christ s'est fait auprès de ses contemporains l'avocat de la vraie dignité de la femme et de la vocation que cette dignité implique. » (MD 12)
 


      C'est un événement décisif qui se produit dans le destin des femmes avec la prédication de l'Évangile. Les paroles du Christ, prêchées par les apôtres à Rome et dans les diverses parties de l'Empire, ne comportaient pour la femme aucune mesure de « protection », mais énonçaient de la façon la plus simple et la plus bouleversante l'égalité foncière entre l'homme et la femme : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère à l'égard de la première ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère. » (Mc X, 11-12 ; Mt XIX, 9). A cette équation très catégorique qui avait provoqué dans l'entourage de Jésus une stupeur indignée – (« si telle est la condition de l'homme vis-à-vis de la femme, mieux vaut ne pas se marier ! ») – s'ajoutaient de multiples traits rapportés par les Évangiles : c'était à une femme que le Christ avait d'abord fait la révélation, importante entre toutes, de la vie nouvelle : adorer Dieu en esprit et en vérité ; il avait refusé de condamner la femme adultère, lui disant simplement « Va et ne pèche plus », et c'était à des femmes qu'il était d'abord apparu après sa résurrection.

      Dans les épîtres de Saint Paul, et plus particulièrement dans la première épître aux Corinthiens, au chapitre VII, on remarque systématiquement dans le texte des parallèles, des symétries (comme dans l'Évangile) entre l'homme et la femme, qui souligne l'égale dignité de la femme et de l'homme : « ...que chacun ait sa femme, / et que chaque femme ait son mari. » (verset 2) ; « Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, / et que la femme agisse de même envers son mari. » (3) ; « La femme n'a pas puissance sur son propre corps, mais le mari; / pareillement le mari n'a pas puissance sur son propre corps, mais la femme. » (4) ; « ...si elle en est séparée, qu'elle reste sans se remarier ou qu'elle se réconcilie avec son mari; / pareillement, que le mari ne répudie point sa femme. » (11) ; « Aux autres, je dis, moi, non le Seigneur: Si quelque frère a une femme qui n'a pas la foi, et qu'elle consente à habiter avec lui, qu'il ne la renvoie point; / et si une femme a un mari qui n'a pas la foi, et qu'il consente à habiter avec elle, qu'elle ne renvoie point son mari. » (12-13) ; « Car le mari infidèle est sanctifié par la femme, / et la femme infidèle est sanctifiée par le mari. » (14) ...etc.



      « Il n'y a plus ni Juif ni Grec; il n'y a plus ni esclave ni homme libre; il n'y a plus ni homme ni femme: car vous n'êtes tous qu'une personne dans le Christ Jésus. » Galates III, 28

      Cette attitude, cet enseignement sans précédent vont avoir une première conséquence qu'illustre la remarque faite par le P. Georges Naïdenoff.
      Ayant relevé dans le Petit Larousse les noms cités pour les IIe et IIIe siècles de notre ère, il trouve beaucoup plus de femmes que d'hommes dans sa liste. Parmi les noms d'hommes, avec celui de Plotin, de l'écrivain Aulu-Gelle et du grand Origène, le dictionnnaire ne mentionne guère que celui de saint Sébastien ; en revanche, il nomme vingt et une femmes, dont Zénobie, reine de Palmyre, et Faustine, femme de l'empereur Antonin ; les dix-neuf autres sont des saintes, des femmes que l'Église a mises sur les autels. Cette abondance de noms féminins, qui ont subsisté pour le grand public quand disparaissaient ceux des éphémères empereurs de ces deux siècles, souligne l'importance de ces saintes, presque toutes des jeunes femmes, des jeunes filles mortes pour affirmer leur foi. Agathe, Agnès, Cécile, Lucie, Catherine, Marguerite, Eulalie, et tant d'autres auront donc – et nous chercherions vainement leur équivalant dans le monde antique – survécu dans la mémoire des hommes.

      En bref, entre le temps des Apôtres et celui des Pères de l'Église, pendant ces trois cents ans d'enracinement, de vie souterraine que résume l'image des « catacombes », de qui est-il question dans l'Église ? Des femmes. Ce sont des femmes que l'on célèbre. Dans la page fameuse des martyrs de Lyon, Blandine est présente à côté de l'évêque smyrniote saint Pothin ; une telle attention portée à une fille qui n'était qu'une esclave et par conséquent aurait pu être mise à mort sur l'ordre de son maître devait être bien choquante pour les milieux païens. Plus choquante encore, la revendication de filles comme Agnès, issue d'une famille patricienne, ou Cécile ou Lucie ou tant d'autres, que leur légende a certes auréolées, mais dont nous savons en toute certitude qu'elles furent dans leur monde et dans leur milieu des « rebelles » pour Dieu et l'Évangile. Que prétendaient-elles en effet ? Refuser l'époux que leur père leur destinait et garder la virginité « en vue du royaume de Dieu. »

       Nous mesurons mal aujourd'hui ce que leurs revendications avaient en leur temps d'anormal, voire de monstrueux : à Rome la patria potestas, le pouvoir du père, était absolu, nous l'avons vu, sur la famille et notamment sur les enfants à leur naissance. Si le père était tenu de conserver à la naissance les enfants mâles en raison des besoins militaires (sauf s'ils étaient mal formés ou jugés trop chétifs), il ne gardait en général qu'une seule fille, l'aînée ; c'est tout à fait exceptionnellement qu'on voit mention de deux filles dans une famille romaine. Et il est significatif que chaque garçon reçoive un praenomen (prénom), marque de personnalité qui le distingue de ses frères, tandis que la fille, l'aînée généralement, ne porte qu'un nom, celui de la famille paternelle. Ces filles que leur père n'avait donc laissé vivre à leur naissance que dans un geste de bonté, ou dans le souci de perpétuer la famille, voilà qu'elles désobéissaient à ses ordres, qu'elles refusaient le mariage en vue duquel la vie leur avait été conservée, qu'elles affichaient avec arrogance une volonté propre que toute la société leur déniait.



       Ce n'est que vers l'an 390, à la fin du IVe siècle, que la loi civile retire au père de famille le droit de vie et de mort sur ses enfants. Avec la diffusion de l'Évangile, disparaissait la première et la plus décisive des discriminations entre les sexes : l'élimination des filles à la naissance. Dès ce moment, la vision chrétienne de l'homme, le respect de la vie proclamé par la Bible, par l'Évangile, sont suffisamment entrés dans les mœurs pour que s'implante peu à peu le respect de la personne, qui pour les chrétiens s'étend à toute vie, même – et c'est presque paradoxal à l'époque – à celle de l'enfant né ou à naître. En effet comme l'écrit l'un des derniers historiens de la question : « la juridiction antique est implacablement logique avec elle-même. Le droit à l'infanticide est un des attributs de la patria potestas. Un père peut refuser l'enfant que la mère vient de mettre au monde, à plus forte raison peut-on lui reconnaître des droits sur un embryon., embryon qui n'a aucun qualité juridique, n'est même pas considéré comme humain. » Ce qui, en certains points, est étrangement commun avec notre époque,  « très évoluée ». On peut méditer sur cette question : serions-nous retourné, en matière de « bio-éthique », aux mœurs de l'Antiquité ?


       La société antique avait toujours honoré plus ou moins le couple et reconnu sa fonction sociale ; en vertu de cette fonction, l'épouse, la mère jouissaient d'un respect indéniable. Mais le Christ avait assorti sa déclaration sur l'égalité totale de l'homme et de la femme dans leurs relations réciproques d'une petite phrase énigmatique : « Il y a des eunuques qui sont nés dans le sein de leur mère, il y a des eunuques qui le dont devenus par l'action des hommes et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du royaume des cieux » (Mt XIX, 12). Or, les femmes semblent avoir très tôt compris par cette phrase, et ce dès les premières prédications de l'Évangile, que la liberté de choix leur était octroyée. Ce dont elles n'avaient jamais joui, ce qu'aucune loi de l'imposant appareil législatif de la République et de l'Empire ne prévoyait, l'Évangile le leur donnait. Elles avaient le droit de faire un choix pour leur existence. Cette liberté-là, elles ont aussitôt saisi qu'elle valait d'être acquise, fût-ce au prix de leur vie. Prononcer librement le vœu de virginité revenait à proclamer la liberté de la personne et son autonomie de décision. Ces jeunes femmes, ces jeunes filles qui meurent parce qu'elles ont fait un choix libre et se sont vouées à un époux autre que celui qu'on leur destinait fondent l'autonomie de la personne. Les femmes furent les premières à en bénéficier.

       D'autre part, on est frappé du dynamisme, de la capacité d'invention de ces femmes que l'Évangile a libérées. Un exemple est frappant : celui de Fabiola, qui inventa les hôpitaux et les xenodochion, des centres d'hébergement pour pèlerins. Il convient aussi de signaler les deux Mélanie, l'ancienne et sa petite-fille, Mélanie la jeune ; celle-ci, héritière des immenses domaines de sa grand-mère dans la province d'Afrique, les  distribua avec son mari Pinien à leurs esclaves (plus d'un millier) ; Pinien devint évêque sur les pas de saint Augustin, et Mélanie se retira en Terre sainte où sa grand-mère avait fondé une communauté de pieuses femmes à Jérusalem. Au IVe siècle, on en retrouvera groupées autour de saint Jérôme où l'on y découvre les bases de la culture religieuse féminine. En effet, le monastère fondé à Bethléem où se sont retrouvées Paula, Eustochium et leurs compagnes est un véritable centre d'étude. Une tradition de savoir va s'établir, dont le point de départ est ce premier monastère de Bethléem. Les monastères d'hommes rassembleront plutôt des êtres désireux d'austérité, de recueillement, de pénitence, les monastères de femmes, à l'origine, ont été marqués par un intense besoin de vie intellectuelle en même temps que spirituelle.

       A considérer la vie de l'Église dans les perspectives de ce qu'elle fut à l'époque féodale, on constate que les femmes en ont été les auxiliaires sans doute les plus dévouées, les plus ardentes. Et il est curieux de trouver en germe par ces femmes qui agissent avec un tel esprit d'invention aux IVe et Ve siècle ce qui va caractériser la civilisation féodale : à travers Fabiola qui crée les premiers hôpitaux, Mélanie qui abolit l'esclavage dans ses domaines, Paula qui veille à sa propre instruction et à celle des filles groupées autour d'elle, on discerne les éléments de la vie domaniale, le début des monastères où s'épanouira une haute culture, ceux de la chevalerie où la double influence de l'Église et de la femme contribueront à faire l'éducation du « guerrier », à lui inculquer l'idéal du prince lettré et le souci de la défense du faible.




II — Les femmes et la naissance de la France.

 


      C'est avec l'arrivée d'une femme que notre histoire devient l'histoire de France. Clovis, roi des Francs Saliens qui, originaires des environs de Tournai, ont conquis une bonne partie du nord de la Gaule, envoie cherche à Genève, pour en faire son épouse, Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes. « A l'occasion d'une des nombreuses ambassades envoyées par Clovis en Burgondie », écrit Grégoire de Tours, « ses envoyés rencontrèrent la jeune Clotilde. Ils informèrent Clovis de la grâce et de la sagesse qu'ils constatèrent en elle et des renseignements qu'ils avaient recueillies sur son origine royale. Sans tarder, il la fit demander en mariage à Gondebaud ; celui-ci […] la remit aux envoyés, qui se hâtèrent de l'amener à Clovis. A sa vue, le roi fut enchanté et l'épousa, bien qu'une concubine lui eût déjà donné un fils, Thierry. »

      Jusque là, l'histoire de l'Occident avait été très masculine. Avec Clotilde, la présence de la femme se fait évidente, et son influence certaine ; cette jeune fille, qui vient du territoire des Helvètes, est de famille royale ; ses parents règnent sur la Burgondie (notre future Bourgogne). Tous les historiens ont relevé le rôle capital qu'elle joue en obtenant de son époux païen qu'il se convertisse à la foi chrétienne. Le baptême de Clovis reste le premier jalon de notre histoire. Or c'est une femme qui l'a obtenu. Décision essentielle dans la mesure où l'ensemble du peuple sur lequel Clovis, par ses victoires successives, va peu à peu exercer une suprématie, est chrétien. En se faisant baptiser, Clovis s'est concilié les évêques et à travers eux l'ensemble d'un peuple dont l'évangélisation avait été acquise dès le siècle précédent.
      Cette conversion a donc à la fois un caractère religieux et politique. Clotilde ne l'aura pourtant pas arraché sans peine.

      Grégoire de Tours nous fait part successivement de ses supplications, de ses échecs, des méfiances du roi. Ce n'est que plus tard, et après une épreuve personnelle où sa propre force s'est trouvée en échec, que Clovis invoquera « le Dieu de Clotilde » et demandera le baptême. Inutile de s'étendre sur cette scène mainte fois racontée, dont le premier abbé du Barroux écrira de lumineuses pages dans « Demain la Chrétienté », sinon pour souligner la présence de Clotilde auprès de la cuve baptismale où son époux est plongé, recevant l'onction et l'eau sainte des mains de l'évêque saint Rémi. A sa suite, Clovis aurait entraîné trois mille de ses guerriers. Les Francs Saliens deviennent dans l'ensemble chrétiens, et catholiques ; ils rejoignent par là le peuple qu'ils sont en train de se soumettre.

      Il importe de préciser que Clotilde est catholique : les chefs barbares qui ont soumis les divers territoires de notre Occident sont eux aussi chrétiens, qu'il s'agisse des Wisigoth installés au sud de la Loire, ou les Burgondes, mais ils sont ariens, c'est-à-dire qu'ils nient la divinité du Christ, donc sont hérétiques. Clotilde est, elle, catholique, à la différence de son oncle par exemple, et c'est l'adhésion à la foi catholique qu'elle obtient de son époux. Et leur peuple, à son tour, peut être personnifié par une femme, car Clovis ne tarde pas à choisir comme lieu de résidence préféré l'antique Lutèce, la cité des Parisiens.

      Or, s'il y a à Paris une personnalité célèbre, c'est bien la vierge de Nanterre, Geneviève. Née vers 422, Geneviève a près de soixante-dix ans au moment où Clotilde épouse Clovis, mais elle ne mourra qu'un an après Clovis lui-même, le 3 janvier 512, à quatre-vingt-neuf ans.

      Clotilde et Clovis rencontre Geneviève alors qu'elle mène, dans une petite maison proche de l'ancien baptistère de Saint-Jean-le-Rond, la vie des recluses – celle que nous appellerions des religieuses cloîtrées. Trois fois par jour, elle quitte sa demeure pour se rendre à l'église proche y chanter l'office. Vie tout de silence et de prière, de retraite et d'effacement : les recluses font un long carême de l'Épiphanie à Pâques, et l'on n'entend alors d'elles que le chant des psaumes, lorsqu'elles se réunissent à l'église. Pourtant Geneviève, en une circonstance, a élevé la voix ; c'était en 451 – elle avait vingt-huit ans – au moment où la population de Paris, affolée à l'approche des Huns, s'apprêtait à quitter la ville dans un de ces exodes lamentables que notre XXe siècle peut mieux qu'un autre imaginer. Les Huns sont des envahisseurs terrifiants, plus terrifiants encore que ceux que nous avons connus en notre temps ; ils font partie de ces Mongols contre lesquels les Chinois ont édifié la Grande Muraille ; devant eux avaient fui la plupart de ces « peuples barbares » qui au Ve siècle se répartissaient sur tout notre territoire, et c'est à la poussée des Mongols qu'on attribue leur vaste mouvement de migrations.

      A la suite d'Attila donc, les Huns se dirigeaient vers Paris, après avoir brûlé, le 10 avril précédent, veille de Pâques, la cité de Metz. Or, Geneviève, devant la porte de son baptistère, exhorte la population à ne pas fuir, promettant à tous que les Huns n'entreraient pas dans leur ville. La prophétie, sur le moment, parut si insensée que quelques-uns s'en prirent à Geneviève ; on menace de la jeter dans la Seine ; Geneviève tient tête, empêche la population de courir à ce qui eût été son propre désastre – et les événements lui donnent raison. Les Huns, repoussés devant Orléans et devant Troyes grâce à la résolution des évêques Aignan et Loup qui ont soutenu le courage des assiégés, sont définitivement vaincus dans cette bataille fameuse du Campus Mauriaci (sans doute Méry-sur-Seine). Dès lors, dans tous le monde connu, on parle de Geneviève... Jusqu'en Syrie : on sait de façon certaine que Siméon le Stylite, l'ermite à la colonne, a chargé des marchands syriens de saluer pour lui la vierge Geneviève, quand il parviendront à Paris.


III — Les femmes et la diffusion de la Vraie Foi.

     Il est extraordinaire de constater le rôle actif que les femmes jouent dans le domaine de l'évangélisation, en ce temps où l'Occident hésite entre paganisme, arianisme et foi chrétienne. Sous cette influence, Clovis s'était singularisé parmi les barbares en se faisant baptiser dans la communion avec Rome, alors qu'autour de lui Ostrogoths, Wisigoths, Vandales, Burgondes avaient embrassé l'hérésie d'Arius, laquelle, née deux siècles plus tôt, s'était propagée non seulement en Orient, à Byzance, où plusieurs empereurs l'avaient adoptée, mais encore en Occident parmi de vaste populations « barbares ».

      En ce VIe siècle, Clotilde n'est pas une isolée : en Italie, Théodelinde, une Bavaroise, qui épouse le roi lombard Agilulf, arien lui aussi, parvient à faire donner le baptême catholique à leur fils Adaloald ; la conversion de l'Italie du Nord à la foi chrétienne sera plus ou moins le prolongement de cette action d'une femme. En Espagne, le duc de Tolède, Léovigilde, restaure l'autorité royale et épouse en 573 la catholique Théodosia, qui le convertit au catholicisme. Précisions qu'elle a de qui tenir, puisqu'elle est la sœur de trois évêques. Quelque vingt ans plus tard, en 597, Berthe de Kent obtiendra en Angleterre du roi Ethelbert qu'il se fasse baptiser. Évoquant cette action des femmes à peu près simultanée dans notre Occident, Jean Duché remarquait avec un sourire : « Le mystère de la Trinité exercerait-il sur les femmes une fascination ?... En Espagne comme en Italie, comme en Gaule, comme en Angleterre, il fallait qu'une reine fût le fourrier du catholicisme. »

      C'est résumer un double fait de civilisation : à la fois l'entrée des femmes dans l'histoire lorsque se développe la foi chrétienne et le zèle qu'elles manifestent pour implanter celle-ci. Aux pays énumérés, il faudrait en effet ajouter la Germanie, où des religieuses ont été les ardentes auxiliaires de saint Boniface, et jusqu'à la Russie, où la première baptisée fut Olga, princesse de Kiev, tandis que plus tard les pays Baltes devront leur conversion à Hedwige de Pologne. Partout, on constate le lien entre la femme et l'Évangile si l'on suit, étape par étape, événements et peuples dans leur vie concrète. A se demander s'il n'y aurait pas là, en effet, plus qu'une coïncidence.


IV — Amour courtois et image de la femme au XIIe siècle.


     «Je tiens pour certain que tous les biens de cette vie sont donnés par Dieu pour faire votre volonté et celle des autres dames. Il est évident et pour ma raison absolument clair que les hommes ne sont rien, qu'ils sont incapables de boire à la source du bien s'ils ne sont pas mus par les femmes. Toutefois, les femmes étant l'origine et la cause de tout bien, et Dieu leur ayant donné une si grande prérogative, il faut qu'elles se montrent telles que la vertu de ceux qui font le bien incite les autres à en faire autant ; si leur lumière n'éclaire personne, elle sera comme la bougie dans les ténèbres (éteinte), qui ne chasse ni n'attire personne. Ainsi, il est manifeste que chacun doit s'efforcer de servir les dames afin qu'il puisse être illuminé de leur grâce ; et elles doivent faire de leur mieux pour conserver les cœurs des bons dans les bonnes actions et honorer les bons pour leurs mérites. Parce que tout le bien que font les êtres vivants est fait par l'amour des femmes, pour être loués par elles, et pouvoir se vanter des dons qu'elles font, sans lesquels rien n'est fait dans cette vie qui soit digne d'éloge. »


       Cette pétition de principe est lancée dans un ouvrage bien connu, reflétant parfaitement la mentalité du XIIe siècle, le Traité de l'amour d'André le Chapelain : ouvrage savant, rédigé en latin par un clerc ; ouvrage, ajoutons-le, assez déroutant pour nous. Nous abordons là une doctrine à travers laquelle peuvent être perçu, sentis, les mœurs et les coutumes d'une société, celle qui précisément a érigé en valeur absolue la courtoisie. Mais qu'est-ce donc que la courtoisie ? Que doit-on faire pour être « courtois » ?

 



      Une première fois – et c'est tout à fait significatif – une noble dame explique à un homme du peuple, donc de condition inférieure à elle, ce qu'il doit faire, quelle conduite tenir s'il veut mériter son amour. Ici se révèle pleinement la dame éducatrice de l'Occident, et sous un jour inattendu puisque dans la société féodale, qu'on sait par ailleurs très hiérarchisée, le premier énoncé des règles de la courtoisie se trouve précisément combler la distance entre la « haute dame » et l' « homme du commun ».



      La première des « œuvres de courtoisie », c'est ce que la dame appelle la largesse (la générosité). Entendons, bien sûr, générosité morale autant que matérielle : celui qui veut être un amant véritable selon les règles de courtoisie doit révérer son seigneur, ne jamais blasphémer Dieu ni les saints, être humble envers tous et servir tout le monde, ne dire du mal de personne (les médisants sont exclus des châteaux de courtoisie), ne pas mentir, ne se moquer de personne, surtout pas des malheureux, éviter les querelles, et faire son possible pour réconcilier ceux qui se disputent. On lui concède, en fait de distractions, le jeu de dés, mais avec modération : qu'il lise plutôt, qu'il étudie ou se fasse raconter les hauts faits des anciens. Il lui faut aussi être courageux, hardi, ingénieux. Il ne doit pas être l'amant de plusieurs femmes, mais le serviteur dévoué d'une seule. Il doit se vêtir et se parer de façon raisonnable, être sage, aimable et doux envers tous le monde.


      « Toute dame au monde, sage, courtoise, au cœur fidèle, et sincère en amour, ne posséderait-elle que son manteau, a droit aux soins attentionnés et à l'amour loyal d'un puissant prince ou châtelain. » Le lai d'Équitan.

      Plus loin, André le Chapelain continue de développer les règles et valeurs de la « courtoisie ». Il est aussi question d'avarice, de ce qu'on ne peut aimer une personne qu'on ne pourrait épouser, que celui qui aime doit en garder le secret, qu'un amour facile est méprisable, que la difficulté en augmente le prix...etc. L'auteur ne manque pas d'insister sur une aspect de l'amour courtois : à savoir que la noblesse véritable est celle des mœurs et des manières, et qu'elle vaut infiniment plus en courtoisie que celle de la naissance. L'essentiel, c'est de faire preuve de « probité ». C'est l'un des thèmes fondamentaux de la courtoisie que l'amour vrai affine l'homme et la femme et que les obstacles rencontrés ne font qu'exalter leur noblesse et leur valeur. De tout cela se dégage sur les relations entre l'homme et la femme toute une éthique qui est aussi une esthétique. Un code, dirait-on, si ce terme n'excluait cette sorte de raffinement, et aussi de mouvement, au-delà des règles ; ou encore un idéal qu'on pourrait qualifier de culturel.

      Le Traité de l'amour d'André le Chapelain est un guide très sûr pour connaître la courtoisie, ses exigences, ses préceptes et ses usages. Mais ce n'est pas, tant s'en faut, l'unique source.


      A parcourir les lettres du temps, on trouve, sous les formes les plus variées, de la poésie la plus haute aux simples divertissements, le témoignage de ce qui oriente toute une société, lui donne sa teinte originale, la marque comme un sceau. C'est encore et toujours la courtoisie, ou si l'on préfère la chevalerie

 

 

 

La suite de cetter article ici, sur le site source VIDI AQUAM



         

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Devoise 16/12/2012 19:45

Cher ami,

C'est un grand honneur pour moi d'être cité par votre célèbre site.
Soyez assuré de toutes mes amitiés catholiques et royalistes.

Cordialement,
F. Devoise, auteur de « Vidi-Aquam ».

WalkTsin 18/12/2012 18:44



Cher ami,


L'honneur est mien, votre article était excellent et trouvait un écho aux événements des FEMEN tout à fait idoine !


Royalement votre, en Christ 


Walktsin