LA BATAILLE DE VOUILLÉ, 507

Publié le par WalkTsin

FIN DE L'ANTIQUITÉ, DÉBUT DU MOYEN-AGE

 

En 325 de notre ère, l'Empereur Constantin, récemment converti, convoque le Concile de Nicée pour statuer sur l'affaire de l'arianisme. Trois cents évêques condamnent l'hérésie d'Arius et rédigent la profession de foi connue sous le nom de Symbole de Nicée.

 

En 381, l'Empereur Théodose convoque le Concile de Constantinople qui réitère la même condamnation. Théodose extirpe, en quelques années, l'hérésie arienne dans les limites de l'Empire romain. Mais elle subsiste à la périphérie.

 

L'épisode final de l'histoire de l'arianisme mérite d'être raconté. Le dernier évêque arien résidant à Constantinople veut un jour administrer le baptême à un catéchumène. Il le fait en prononçant les paroles du rituel arien :

 

«Je te baptise au nom du Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit». A ces mots, l'eau baptismale disparaît complètement, laissant la piscine à sec. La nouvelle de ce miracle, rapidement colportée, renforce encore l'autorité du Concile.

 

En 395, ce même empereur Théodose partage définitivement l'Empire romain entre ses deux fils. Il confie l'Empire d'Occident à Honorius, encore enfant, avec résidence à Rome. Il attribue l'Empire d'Orient à Arcadius, avec Constantinople pour capitale. Ces deux moitiés de l'ancien empire romain ne seront plus jamais réunies. C'est l'Empire romain d'Occident qui est destiné à disparaître le premier.

 

En 476, en effet, donc un siècle seulement après la décision de Théodose, le roi des Hérules, Odoacre, pénètre dans Rome et dépose le dernier successeur d'Honorius, qui portait le nom de Romulus Augustulus, nom qui rappelle à la fois le fondateur de Rome et le premier empereur. Cette date marque la fin de l'Antiquité et le début du Moyen-Age.

 

L'Empire d'Orient durera beaucoup plus longtemps. Il disparaît en 1453 lorsque Mahomet Il détrône Constantin XIII Paléologue, dernier empereur d'Orient. Cette date marque la fin du Moyen-Age et le début des temps modernes.

 

Il n'était pas inutile de rappeler succinctement ces grandes décisions des temps historiques, avant de commencer le récit d'un événement qui va nous ramener à nos origines et par conséquent nous remémorer notre véritable identité française et catholique que tant d'ennemis conjurés voudraient nous faire perdre.

 

Au moment où Odoacre met fin à l'Empire romain d'Occident, le jeune Clovis est âgé de dix ans et Clotilde est une petite fille d'un an. Une nouvelle ère politique commence à laquelle ces deux enfants vont imprimer la marque de Jésus- Christ.

 

 

ULPHILAS ET L'ARIANISME WISIGOTH

 

Les décisions du Concile oecuménique de Nicée, exploitées avec diligence par l'Empereur Théodose le Grand, ont donc mis fin à l'arianisme qui sévissait à l'intérieur de l'Empire. Mais alors dans quelles conditions cette hérésie s'est-elle maintenue chez les peuples barbares qui occupent la périphérie ?

 

Un siècle auparavant, les Goths se sont installés dans la vallée du Danube : les Ostrogoths sur la rive orientale et les Wisigoths sur la rive occidentale. Or, ces deux peuples pratiquent l'arianisme à la suite des circonstances que voici.

 

Ils ont été évangélisés par l'évêque Ulphilas qui finit par jouir auprès d'eux d'un immense prestige. Il avait traduit les Ecritures Saintes en langue gothique et il était considéré, à cause de cela, comme un nouveau Moïse. Or, il passa à l'arianisme sans bien mesurer, dit-on, les conséquences lointaines de cette adhésion. Les peuples goths, ceux de l'Ouest comme ceux de l'Est du Danube, suivirent aveuglément leur nouveau Moïse. Les voilà tous ariens. Et ils le restèrent alors que les populations de l'intérieur de l'Empire ne l'étaient plus.

 

Quand les Goths quittent leurs résidences danubiennes et entreprennent leurs migrations vers le Sud et l'Ouest pour se rapprocher de la Méditerranée et de l'Océan, ils réintroduisent, dans l'Empire, un arianisme qui en avait été extirpé cinquante ans plus tôt, principalement par le zèle catholique de Théodose.

 

En 410, Alaric I, Roi des Wisigoths, profite de l'absence d'Honorius qui est à Ravennes, pour prendre Rome. Il se dispose à passer en Sicile quand il meurt avant d'avoir réalisé ce projet. Son successeur, Ataulf, fait la paix avec Honorius qui a réintégré Rome. L'Empereur lui cède la Gaule Narbonnaise et la partie de l'Espagne qui est située au nord de l'Ebre, le fleuve de Saragosse. Parti de cette première base, le royaume wisigoth s'étend ensuite rapidement à toute la vallée de la Garonne. Telle est l'origine du royaume wisigoth d’Aquitaine dont la capitale est Toulouse. Les premiers rois wisigoths d’Aquitaine, tout en restant ariens, entretiennent de bons rapports avec la population et l'épiscopat catholiques. Cette politique souple s'imposa aux Wisigoths pendant tout le règne d'Honorius, dernier empereur romain d'Occident.

 

Mais quand Odoacre prend Rome et dépose Honorius, l'autorité fédérative de l'Empire s'effondre et Euric, qui est devenu roi des Wisigoths après la mort d'Ataulf, en profite pour rompre tout lien d'allégeance avec Rome et il étend les limites de la monarchie wisigothique, d'abord en Espagne, au sud de l'Ebre, puis en Gaule jusqu'à la Loire et au Rhône. Il rêve d'ailleurs de conquérir tout le reste de la Gaule que la chute de l'Empire romain laisse sans défense.

 

En même temps, Euric reprend une politique d'arianisation. Il fait peser, sur les territoires qu'il occupe, en Gaule, un joug de plus en plus lourd. Il exile les évêques qui lui résistent et il interdit de remplacer ceux qui meurent. Certains sièges épiscopaux restent ainsi de nombreuses années sans titulaires. Les populations et le clergé catholiques supportent toujours plus mal l'autoritarisme arien des Wisigoths. Euric meurt en 485 et Alaric Il lui succède sur le trône wisigothique de Toulouse. Il est décidé à pratiquer une politique moins contraignante à l'égard des catholiques de Gaule, mais il n'arrive pas à désarmer leur méfiance. Car les regards des gallo-romains se portent maintenant vers Clovis et vers les Francs dont les succès militaires viennent de montrer l'efficacité dans la défense des confins septentrionaux. On se souvient, car il y a seulement quarante ans de cela, de l'action décisive de Mérovée aux Champs Catalauniques dans la bataille qui a repoussé les Huns et qui dura trois jours, les 20, 21 et 22 septembre 451.

 

Clovis lui-même vient de mettre fin au royaume anachronique que s'était constitué le général romain Syagrius, entre Troyes et les côtes de la Manche, il l'a chassé de Soissons, sa capitale, en 486.

 

Les Wisigoths, si on leur laisse conquérir la Gaule, vont la replonger dans les erreurs et dans les désordres de l'arianisme et cela d'autant plus certainement que les Burgondes sont ariens et arien aussi Théodoric, roi des Ostrogoths (à ne pas confondre avec Théodose, empereur de Rome et de Constantinople). Théodoric vient de chasser Odoacre de Rome ; il s'y est installé lui même et il y exerce une autorité quasi-impériale. Il faut véritablement freiner la mainmise des princes ariens sur la Gaule. Et qui peut le faire mieux que Clovis ? C'est ce que pense saint Remy, qui est archevêque de Reims depuis 461.

 

GODEGÉSIL ET L'ARIANISME BURGONDE

 

Les Burgondes eux aussi partagent l'hérésie arienne, mais ce n'est pas Ulphilas qui les y a amenés. Ils se sont installés sur le territoire gallo-romain au commencement du Vè siècle, c'est-à-dire au début des années 400. La contrée qu'ils occupent dans les vallées du Rhône et de la Saône forme bientôt un royaume dont les villes principales sont Lyon et Vienne.

 

A l'époque de leur arrivée en Gaule, ils professent la religion catholique. Ils ne sont passés à l'arianisme que par la suite. Leur situation géographique les a rendus voisins des Wisigoths ariens dont nous venons de voir qu'ils se sont approchés du Rhône. Ils sont également limitrophes avec les Ostrogoths, ariens eux aussi, qui sont maîtres de Rome et qui étendent leur domination jusqu'en Provence. Ces deux puissants voisins ont fini par entraîner les Burgondes dans leur arianisme.

 

Le roi burgonde Gondéric était resté catholique. Mais à sa mort, en 476, une lutte s'engagea pour sa succession entre ses quatre fils : Godemar, Chilpéric, Gondebaud et Godegésil (que l'on appelle aussi Godégisèle). Parmi ces quatre héritiers, la lutte va être particulièrement âpre entre Chilpéric, qui reste catholique, et Gondebaud qui devient férocement arien. Or, c'est Gondebaud qui l'emporte, faisant périr Chilpéric et toute sa famille à l'exception des deux petites filles, Chrona et Clotilde, auxquelles on laisse la vie sauve mais qui deviennent, nous apprend Grégoire de Tours, quasiment prisonnières de leur oncle Gondebaud. Quand Gondebaud meurt, c'est son frère Godegésil qui devient tuteur et gardien de Clotilde, laquelle est restée catholique comme son père et sa mère, malgré les pressions qui s'exercent sur elle dans la résidence burgonde de Genève.
Nous avons vu que c'est en 476, l'année même de la mort de Gondéric, le grand-père de Clotilde, que le Roi des Hérules, Odoacre, prit Rome, mit la ville à sac et déposa le dernier empereur d'Occident. A cette date, remarquons-le une nouvelle fois, Clovis, né en 466, était âgé de 10 ans et Clotilde était une petite princesse au berceau. Ces deux enfants sont destinés à prendre dans quelques années une part prépondérante à l'installation du régime féodal et chrétien qui remplacera le régime impérial romain. La disparition de l'empereur et la vacance d'un trône si prestigieux ne pouvaient manquer de créer un vide profondément ressenti par les populations gallo-romaines et gothiques. L’ère de l'Antiquité vient de se clore. Tout l'Ancien Empire en a conscience. Quel sera le sort de la Foi orthodoxe dans l’ère nouvelle qui commence ?

 

C'est la question que se pose l’épiscopat catholique et en particulier le plus saint de tous les évêques d'alors, saint Remy.

 

 

FIANÇAILLES MÉROVINGIENNES

 

Clovis, roi des Francs depuis février 481, n'était pas sans entretenir des relations diplomatiques avec la cour des rois Burgondes Gondebaud puis Godegésil. Ses ambassadeurs lui traçaient un portrait flatteur de la jeune princesse catholique Clotilde, orpheline de son père et de sa mère, qui vivait sous la tutelle étroite de ses oncles.
Le roman sentimental de Clovis et de Clotilde appartient à notre épopée nationale et chrétienne. On y trouve, certes, des épisodes fort «terrestres», mais qui ne doivent pas nous faire oublier la trame surnaturelle qui leur sert de fondement.
Leurs missions étaient d'une importance capitale et c'est de toute évidence le Ciel qui les a fait se rencontrer. Tout indique qu'ils ressentirent de l'attrait l'un pour l'autre avant même de s’être vus. Clotilde avait, auprès de Clovis, des avocats particulièrement efficaces saint Remy et les ermites de Ferrières.

- On peut penser que saint Remy, thaumaturge puissant et mystique en continuel contact avec Dieu, opéra en la circonstance sous l'inspiration du Saint Esprit.

 

- Il faut en dire autant des ermites de Ferrières-en-Gâtinais. Ce lieu était privilégié de longue date puisque la Sainte Vierge y était apparue de son vivant, accompagnée de saint Joseph, saint Savinien et saint Potentien, les apôtres du Sénonais, une nuit de Noël. Ferrières est situé dans l'actuel département du Loiret à quelques kilomètres au nord de Montargis. Des ermites s'y installèrent dès les premières années de l'évangélisation de la Gaule. On sait que ces ermites prirent une part diligente aux négociations préparatoires du mariage de Clovis. Là où l'érudition profane ne voit que des calculs intéressés et des ambitions ecclésiastiques, nous retiendrons de préférence des dispositions providentielles et ce faisant nous serons certainement plus proches de la réalité fondamentale.

 

Clovis sait que la belle et pieuse princesse, qui approche de sa majorité, est bien gardée par ses rigoureux tuteurs. Il veut lui faire parvenir en secret quelques lettres et des bijoux pour susciter une première réaction. Il confie cette mission à l'un de ses officiers particulièrement fidèle, efficace et déterminé.

 

Le soldat, déguisé en mendiant, parvient à Genève, résidence de Godegésil. Il prend l'air ahuri qui s'impose et se met à épier les habitudes de Clotilde. Et un beau dimanche, il vient l'attendre à la sortie de la messe, devant l'église Saint Pierre. Clotilde sort de l'église et voit ce mendiant à qui elle trouve une mine singulière. Mais elle s'approche de lui. Le messager, tout en lui tendant la main pour recevoir l'aumône comme il convient à un mendiant, la retient de l'autre par son manteau afin de lui glisser quelques mots à l'oreille. Clotilde l'interrompt et lui dit :

 

«Je sais la vérité : vous êtes un personnage de qualité, déguisé».

 

Puis en deux mots, elle lui fixe un rendez-vous pour quelques jours plus tard. Seulement voilà, la veille de la rencontre qui doit décider de la réussite ou de l'échec de sa mission, un voleur dérobe au messager le petit sac qui contient les bijoux envoyés par Clovis. Et c'est un homme bien embarrassé qui arrive au rendez-vous. Clotilde devine tout de suite ce qui s'est passé et elle lui indique l'endroit où le voleur a caché les pierreries.
Puis elle accepte l'anneau envoyé par Clovis, et, prompte à la décision, elle confie au messager, en retour, la bague qu'elle porte elle-même au doigt. L'officier repart, mission accomplie, non sans l'aide de la Providence. Clovis qui connaît parfaitement la situation à la cour burgonde, ne brusque pas les choses et attend qu'une occasion se présente. L'année suivante, à pareille époque, il renvoie à Genève, non plus un mendiant cette fois, mais toute une délégation pour porter la demande officielle qu'il formule auprès du roi Godegésil, tuteur de Clotilde.

 

Le roi burgonde est prit de court. Clotilde, contrairement à ce qu'il pouvait attendre, accepte tout de suite la demande en mariage de Clovis et elle se mêle aussitôt à la délégation franque. Elle fait rapidement comprendre aux Francs qu'il faut partir le plut tôt possible. Ils ne demandent qu'à foncer. On fait monter la princesse dans une voiture légère qui part sur le champ encadrée d'une escorte de cavaliers. Mais Clotilde trouve l'allure trop lente, elle demande un cheval pour pouvoir devancer les poursuivants que Godegésil ne manquera pas de lancer sur ses traces. Et la voilà qui part à bonne allure, entourée de l'élite de ses futurs sujets.

 

Bien protégée, elle arrive en Champagne. Quand Clovis voit Clotilde pour la première fois, il est transporté de joie. Il n'aurait pas osé imaginer une telle distinction. Le mariage eut lieu, en 492, à Soissons, la ville dont Clovis avait chassé Syagrius quelques années auparavant. Il se déroula à l'église de la Trinité et de Sainte Sophie.

 

 

 

 

Jean Vaquié

 

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