L’Eglise, oeuvre de Dieu

Publié le par WalkTsin

Transportons-nous par la pensée, au moment où le Christianisme parut sur la terre, et supposons avec Saint Jean-Chrysostôme, qu’un philosophe païen rencontre le Fils de Marie, commençant à prêcher Sa doctrine.
Jésus est seul, Il marche à pied, un bâton à la main, vêtu comme un ouvrier.
- Où allez-Vous ? lui demande le philosophe.
- Je vais prêcher Ma doctrine.
- Que prétendez-Vous en prêchant par les villages de la Judée, ce que Vous appelez Votre doctrine ?
- Convertir le monde.
- Faire abandonner à l’univers ses dieux, sa religion, ses mœurs, ses coutumes, ses lois, pour lui faire adopter Vos maximes : Vous êtes donc plus sage que Socrate, plus éloquent que Platon, qui ne put jamais imposer ses lois à une seule bourgade de l’Attique ?
- Je ne me donne point pour un sage.
- Qui êtes-Vous donc ?
- On Me connaît pour le fils d’un pauvre charpentier de Nazareth.
- Par quels secrets moyens avez-Vous donc préparé le succès de Votre entreprise ?
- Jusqu’ici J’ai passé Ma vie dans la boutique de Mon père, travaillant avec lui pour gagner Mon pain de chaque jour. Depuis peu, Je parcours le pays. Quelques disciples se sont mis à Ma suite ; c’est à eux que Je confierai le soin d’établir Ma doctrine parmi les nations.
- Vos disciples sont donc des hommes aussi distingués par la noblesse de leur naissance, que par la supériorité de leurs talents ?
- Mes disciples sont douze pêcheurs qui ne connaissent que leurs barques et leurs filets, douze Juifs, et vous savez ce que sont les Juifs dans l’estime des autres peuples.
- Vous comptez donc sur la protection de quelque puissant monarque ?
- Je n’aurai pas de plus mortels ennemis que les rois et les grands du monde : tous s’armeront pour anéantir Ma doctrine.
- Vous possédez donc d’immenses richesses, et en faisant briller l’or aux yeux des peuples, il est facile de se créer des adorateurs ?
- Je n’ai pas de quoi reposer Ma tête. Pauvres par leur naissance, Mes disciples le seront encore plus par Mes ordres. Comme Moi, ils vivront d’aumônes et du travail de leurs mains.
- C’est donc sur Votre doctrine elle-même, que Vous fondez l’espérance de Vos succès ?
- Ma doctrine repose sur des mystères que les hommes prendront pour des folies. Je veux, par exemple, que Mes disciples annoncent que c’est Moi qui ai créé le ciel et la terre, que Je suis Dieu et homme tout ensemble ; que Je suis mort sur une croix entre deux voleurs, car c’est par ce genre de supplice que Je dois terminer Ma vie. Ils ajouteront que trois jours après Je suis ressuscité et qu’ils M’ont vu monter au ciel.
- Si Votre doctrine est incroyable, du moins Votre morale est bien commode ; sans doute qu’elle flatte toutes les passions ?
- Ma morale combat toutes les passions, condamne tous les vices, commande toutes les vertus et punit de supplices éternels la pensée même du mal.
- Vous promettez donc de magnifiques récompenses à ceux qui voudront l’embrasser ?
- Sur la terre, Je leur promets le mépris, la haine du genre humain, les prisons, les bûchers, la mort sous toutes les formes ; après la vie, Je leur fais espérer des récompenses que l’esprit de l’homme ne peut comprendre.
- Dans quels lieux et à quels hommes prétendez-Vous enseigner une pareille philosophie ? Sans doute dans quelques coins obscurs de Votre petit pays, et à quelques ignorants, comme ceux que Vous appelez Vos disciples ?
- Ma doctrine sera prêchée à Jérusalem devant la Synagogue ; à Athènes, devant l’Aréopage ; à Rome, dans le palais des Césars ; partout, devant les rois et les peuples, dans les villes et dans les campagnes, jusqu’aux extrémités du monde.
- Et Vous Vous flattez de réussir. !
- Sans doute ; bientôt Je serai reconnu partout pour le seul Dieu du ciel et de la terre. Le monde va changer de face ; les idoles vont tomber. De toutes parts, les peuples accourront pour embrasser Ma doctrine. Les rois mêmes se prosterneront devant l’instrument de Mon supplice, et le placeront sur leur couronne comme son plus bel ornement. J’aurai partout des temples et des autels, des prêtres et des adorateurs. Un jour, peut-être, vous-même répandrez votre sang pour attester la divinité de Ma personne et la vérité de Ma doctrine.
- Pauvre idiot ! Votre place n’est pas ici. Elle est dans une maison d’aliénés. Retournez du moins, pour n’en jamais sortir, dans la boutique de Votre père. Votre projet est le comble de l’extravagance.
Le philosophe a raison. Aux yeux du sens commun, entreprendre la conversion du monde, avec douze pêcheurs, au siècle d’Auguste, en dépit de toutes les forces humaines, ce projet est le comble de la folie. Cependant l’histoire, l’histoire profane est là pour l’attester : ce projet a été exécuté ; il l’a été de la manière et par les moyens que Jésus avait prédits, il l’a été rapidement.
Sur ce fait toujours subsistant pose le CREDO du Chrétien.
Quand Proudhon, Renan, Strauss, Kardec, avec toute la Smala des négateurs, philosophes ou spirites, anciens et modernes, auront anéanti ce fait, ils pourront se flatter d’avoir ébranlé la base de notre foi. Jusque-là, nous nous rirons de leurs attaques de pygmées, et leur renverrons, comme leur appartenant de plein droit, les qualifications d’ignorance, de crédulité et d’imbécillité dont ils nous gratifient.
Si le philosophe même dont nous venons de parler, reparaissait aujourd’hui sur la terre, et qu’il vît, comme nous, la religion de Jésus de Nazareth dominant encore le monde civilisé, douterait-il du miracle de son établissement ? Ne s’écrierait-il par ravi d’admiration : Tout cela est au-dessus des forces humaines, tout cela est doncl’œuvre de Dieu : incredibile, ergo divinum.
Mgr Gaume – Credo (1867)

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