JEÛNE ET ABSTINENCE

Publié le par WalkTsin

 

 

 

« La nourriture vous a chassé du Paradis, le jeûne vous y a ramené. » dit saint Jean Chrysostome ; « Dieu a été offensé par la nourriture, il sera apaisé par le jeûne, » dit saint Zenon.

 

 

 Le jeune du carême ce n'est pas seulement compter le nombre de cuillères de soupe ou de miche de pain consommé en dessous du nombre autorisé, mais aussi et surtout une purification de l'esprit. N'oublions pas que Satan a attaqué Adam par la gourmandise, et que l'humanité est dans cet état par cause de non tempérance.

Faire pénitence de nourriture n'est pas une fin en soit mais un moyen. Néanmoins, je vous laisse lire ce que dit la doctrine ou encore les pères, ils savent mieux parler que moi et surtout mieux convaincre. Je terminerai par citer dom Gueranger qui nous rappelle que  l'Eglise, qui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n'y joignons la pratique exacte de l'abstinence et du jeûne.

 

 

  Remercier Dieu pour la nourriture qu'il nous donne


 

 

 

 

D : Quelle est la forme spéciale que peut revêtir la pratique de la vertu d'abstinence ?
R : C'est la forme du jeûne.

 

 

 

D : Qu'entendez-vous par le jeûne ?
R : J'entends le fait de supprimer une partie de ce qui est normalement requis pour son alimentation de chaque jour.

 

 

 

D : Mais n'est-ce point là chose illicite ?
R : Non ; et, au contraire, le jeûne peut être chose excellente ; car il sert à réprimer la concupiscence ; il rend l'esprit plus libre de vaquer aux choses de Dieu ; et il permet de satisfaire pour le péché. « La nourriture vous a chassé du Paradis, le jeûne vous y a ramené. » dit saint Jean Chrysostome ; « Dieu a été offensé par la nourriture, il sera apaisé par le jeûne, » dit saint Zenon.

 

Le tentateur attaque Adam par la gourmandise. C'est en cette manière, selon saint Grégoire, que le premier homme fut tenté. Nous avons, par ce péché, subi une défaite en Adam ; or, nous remportons la victoire par le jeune du Christ qui jeûna et eut faim pour accomplir le mystère de la défaite du tentateur. Par cette faim qu'il éprouva dans sa chair, après un jeûne si long et si austère, il a voulu d'une part expier le péché de gourmandise qu'Adam avait commis, tous ses péchés de sensualité et ceux de ses descendants, et de l'autre, il voulut, dit saint Chrysostôme, étant privé de nourriture, vaincre le démon qui avait vaincu Adam rassasié : il lui a plu de triompher par les mêmes voies qui avaient servi à la défaite du premier homme.


Il s'agissait, en effet, dit saint Hilaire, de vaincre le démon non point par la puissance de Dieu, mais dans la chair de l'homme, dont il était vainqueur.

 

Quoique le Sauveur ait Lui-même déclaré qu'étant composé d'un corps et d'une âme, nous devons procurer au corps et à l'âme l'aliment qui leur est propre ; néanmoins, dédaignant en ce jour le pain terrestre et se contentant de la parole céleste, il nous apprend qu'on doit préférer la vérité et la grâce de Dieu, vraie nourriture de l'âme, à tous les trésors et à tous les avantages du corps, et que nous devons être plus empressés de nourrir l'âme que le corps.


Il y a plus : la première tentation que le démon eut l'audace de susciter au Seigneur fut une tentation de gourmandise ou de satisfaction sensuelle : « Si tu es le fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains » ; c'est-à-dire : Servez-vous du pouvoir que vous avez de faire des miracles, pour soulager votre faim. Et en même temps, il lui faisait ressentir un désir extrême de prendre de la nourriture, lui suggérant même d'opérer un miracle, si cela était nécessaire.

 

Premièrement. Remarquons les différentes manières qu'emploie cet esprit trompeur pour entraîner les hommes dans le vice de la gourmandise. Aux riches et à ceux qui s'adonnent à la bonne chère, il représente les délices de la table ; il les porte à préférer à l'observation de la loi de Dieu la satisfaction de leur sensualité, comme il fit à l'égard d'Eve, notre première mère. Aux pauvres qui ne peuvent s'offrir des festins, il persuade de remédier à leur indigence. Tantôt, il les pousse a acheter de la nourriture à très bon marché (souvent préjudiciables à la santé) ; tantôt il recourt à l'artifice : il fait valoir de spécieuses raisons de dispense, de prétendues révélations semblables à celle qu'il inventa pour séduire un saint prophète (III Rois, § XIII). D'autres fois, il se couvre du masque de la piété, et propose à ceux qu'il essaie de tromper des moyens pleins de vanité et de présomption, comme il en usa envers Notre-Seigneur. De quelque façon qu'il s'y prenne, il fait tous ses efforts pour vaincre par la gourmandise les personnes spirituelles, assuré que si elles se laissent prendre à un péché, elles n'auront jamais le courage de se livrer à des combats plus nobles et plus importants.


Secondement. Jésus-Christ, dont l'âme était profondément humble, opposa au malin esprit un passage tiré du Livre du Deutéronome (VIII, 3) : « il est écrit, répondit-il : l'homme ne vit pas seulement de pain, etc. ». Le Sauveur, ayant emprunté à ce livre toutes les paroles dont il se servit pour humilier Satan, voulut, dit saint Jérôme, nous révéler l'efficacité mystérieuse des doctrines et des maximes de l'Évangile, afin que nous puissions repousser toutes les suggestions diaboliques. En d'autres termes : C'est en vain que tu prétends me persuader de faire un miracle pour apaiser ma faim. Mon Père céleste a bien d'autres moyens de me conserver la vie ; et le pain n'est pas la seule nourriture qu'il peut me donner. Je crois à ce qu'il a dit sur ce point dans les Écritures, et je me fie en sa paternelle bonté, qui ne me manquera jamais. Par cette réponse, le Fils de Dieu nous enseigne comment nous devons combattre les tentations qui nous viennent au sujet des biens temporels, des besoins et des commodités de la vie présente. Le démon, lorsqu'il nous tente, obéit à ses instincts de perversité ; apprenons, par les paroles du Sauveur, à faire notre devoir en repoussant les tentations par notre fidélité exacte à la loi divine, qui est la meilleure de toutes les armes pour dompter l'ennemi et pour le mettre en fuite. Commencez, dit le Vénérable Bède, par mettre un frein à votre gourmandise, sinon tous vos efforts contre les autres défauts seront vains. Cette tentation est ici placée en tête, parce que c'est la première qui s'offre à l'homme dès son enfance, et les autres ne viennent qu'ensuite. Pour que l'âme ne soit pas vaincue par la chair, elle doit combattre le démon qui la tente et servir Dieu qui la dirige. On n'en triomphe que par une humilité vraie, par une foi vive en la parole de Dieu, par un entier abandon à sa divine providence. Dieu donne la nourriture aux petits des corbeaux qui élèvent leurs cris vers lui ; la refusera-t-il à ses propres enfants, s'ils la lui demandent avec confiance ?

 

 

 

 

D : Que faut-il pour que le jeûne soit ainsi chose bonne et excellente ?
R : Il faut qu'il soit toujours réglé par la prudence ou la discrétion, et qu'il n'aille jamais à compromettre la santé ou à être un obstacle pour les devoirs d'État.

 

 

 

D : Tout être humain qui a l'usage de la raison est-il tenu au jeûne ?
R : Tout être humain qui a l'usage de la raison est tenu à une certaine forme de jeûne ou de privation proportionnée au besoin de la vertu dans sa vie morale ; mais non au jeûne prescrit par l'Église.

 

 

 

D : Qu'entendez-vous par le jeûne prescrit par l'Église ?
R : J'entends une forme de jeûne spéciale déterminée par l'Église et prescrite à partir d'un certain âge pour certains jours de l'année.

 

 

 

D : En quoi consiste cette forme spéciale de jeûne ?
R : Elle consiste en ce que l'on ne doit faire qu'un seul repas proprement dit dans la journée.

 

 

 

D : L'heure ou le moment de ce repas sont-ils chose absolument fixe et immuable ?
R : Non ; car on peut faire ce repas ou à midi ou le soir.

 

 

 

D : Peut-on prendre quelque chose en dehors de ce repas proprement dit ?
R : Oui ; on peut prendre quelque chose le matin, sous forme de très léger acompte, et, le soir, sous forme de collation.

 

 

 

D : Quels sont ceux qui sont tenus au jeûne prescrit par l'Église ?
R : Ce sont tous les chrétiens baptisés majeurs, jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans révolus. Les prêtres et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés du jeûne et de l'abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence.

 

 

 

D : Que faut-il pour qu'on ait le droit de ne pas jeûner, quand on est dans ces conditions ?
R : Il faut qu'on en soit empêché par une raison manifeste de santé ou de travail ; ou, dans le doute, qu'on ait une dispense de l'autorité légitime.

 

 

 

D : Qui peut donner cette dispense ?
R : Pratiquement, il suffit de la demander à son confesseur.

 

 

 

D : Quels sont les jours où l'on est ainsi tenu au jeûne d'Église ?
R : Ce sont tous les jours de carême, sauf le dimanche ; les mercredis, vendredis et samedis des Quatre-Temps de l'année ; et les veilles ou vigiles de la Pentecôte, de l'Assomption, de la Toussaint et de la Noël ; si ces vigiles tombent un dimanche, on n'est pas tenu de les anticiper.

 

 

 

D : N'y a-t-il pas une loi de l'Église pour l'abstinence, distincte de la loi du jeûne ?
R : Oui ; et cette loi consiste dans l'obligation de s'abstenir de viande et de jus de viande, tous les vendredis de l'année, et, pendant le carême, le mercredi des Cendres, ainsi que chaque samedi, jusqu'au samedi saint à midi ; enfin, les mercredis et samedis des Quatre-Temps.

 

 

 

D : Pourquoi l'Église nous impose-t-elle des abstinences et des jeûnes ?
R : L'Église nous impose, conformément aux exemples et à la doctrine de Jésus-Christ, des abstinences et des jeûnes, pour nous faire faire pénitence de nos péchés, mortifier la gourmandise et les passions, et pour d'autres nécessités particulières.

 

 

 

D : Quels sont ces autres nécessités particulières ?
R : Les jeûnes et l'abstinence sont aussi établis pour nous faire observer la sobriété, qui nous modère dans l'usage des boissons, surtout des boissons enivrantes ; la chasteté ; la pudeur ; la modestie ; la pratique de l'humilité ; la douceur, qui modère les emportements de l'âme, l'empêche de tomber dans la colère ; et enfin la clémence, qui modère, autant que le permet la raison, la justice extérieure.

 

 

 

D : Quel nom prend la vertu de tempérance quand elle porte sur les plaisirs de la table ?
R : On l'appelle l'abstinence ou la sobriété.

 

 

 

D : Qu'est ce que l'abstinence ?
R : L'abstinence est une privation d'aliments gras à certains jours, ordonnée par l'Église, pour rappeler la mort rédemptrice du Christ (un vendredi, sauf si une solennité tombe ce jour-là), préparer à la célébration de certaines fêtes : mercredi des Cendres, les vigiles de l'Assomption et de Noël. Elle consiste à régler la partie affective sensible par rapport au boire et au manger, afin qu'on ne s'y porte que conformément à ce que la raison demande.

 

 

 

D : Quels sont ceux qui sont tenus à la loi d'abstinence ?
R : Ce sont tous les fidèles qui ont accompli l'âge de quatorze ans.

 

 

 

D : Y a-t-il, en plus de l'abstinence, une autre vertu qui aide l'homme à prévenir de tels effets ?
R : Oui, c'est la vertu de sobriété.

Il faut opposer à la gourmandise la tempérance et la sobriété, qui nous font régler sur nos besoins, et non sur notre goût, la quantité et la qualité de nos aliments, et ne jamais oublier ces paroles de saint Paul : « Soit que vous mangiez soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (I Cor., X, 31).

 

 

 

D : Qu'entendez-vous par la vertu de sobriété ?
R : J'entends une vertu spéciale, qui a pour objet propre de faire que l'homme n'use que comme il convient de toute boisson capable d'enivrer.

 

 

 

D : Quel est le vice opposé à cette vertu ?
R : C'est le vice qui consiste à dépasser la mesure, dans l'usage de ces boissons, au point de tomber dans l'état d'ébriété ou d'ivresse.

 

 

 

D : Qu'entendez-vous par l'état d'ébriété ou d'ivresse ?
R : J'entends un état physique où l'excès de boisson a fait perdre l'usage de la raison.

 

 

 

D : Cet état d'ébriété ou d'ivresse est-il toujours un péché ?
R : Cet état est toujours un péché quand on s'y est mis par sa faute, ne laissant pas de boire avec excès, alors qu'on pouvait et qu'on devait se méfier du caractère capiteux de la boisson.

 

 

 

D : Que faut-il pour que cet état soit un péché mortel ?
R : Il faut qu'on ait prévu que l'excès de la boisson pouvait amener l'ivresse et qu'on ait accepté cette conséquence possible plutôt que de se priver du plaisir trouvé dans cette boisson.

 

 

 

D : Quand ce péché passe à l'état d'habitude, de quel nom s'appelle-t-il ?
R : Il s'appelle l'ivrognerie.

 

 

 

D : L'ivrognerie est-elle un vice particulièrement laid et avilissant ?
R : Oui, l'ivrognerie est un vice particulièrement laid et avilissant ; parce qu'il prive sciemment l'homme de l'usage de sa raison, le mettant d'une manière plus ou moins renouvelée et fréquente dans un état inférieur même à celui de la brute, qui garde au moins toujours son instinct pour la conduire.

 

 

RÉCAPITULATIF PRATIQUE


- Ayez en horreur tous les excès de la bouche, et même toutes les petites gourmandises qui y conduisent.


- Contentez-vous de manger avec modération.


- Accoutumez-vous vous-mêmes à vous priver de quelques petites choses pour vous former à la sobriété et à la mortification.


- Demandez à Dieu la grâce de ne pas former en vous l'habitude du vin, ou la grâce de rompre cette habitude si malheureusement elle était déjà en vous.

 

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