Colonel Argoud

Publié le par WalkTsin

10 juin 2004 - 10 juin 2010, déjà 6 ans que le colonel Argoud nous a quitté, grand personnage de l'honneur à la Française, sacrifié par le colonel De Gaulle, ce n'était pas un bourgeois, ce n'était pas un navet, la rouge, la bleue il s'en moquait, seul comptait l'honneur, vous avez fui la recherche de l'honneur mais l'honneur vous a suivi, contrairement à beaucoup, vous n’avez pas échangé volontiers l’honneur contre les honneurs,  sans ressources, privés de votre grade, de vos décorations, vous vous reconvertissez,  toujours cette volonté de faire face, demandant de comptes à personne, pour testament, mon colonel vous nous léguez cette admirable texte :

 «La France est perdue à vue humaine. La faiblesse de la natalité en constitue la cause essentielle. Le chaos qui s’est installé dans la société en France n’est que le résultat de l’absence des trois facteurs essentiels à sa survie : la dénatalité, l’absence totale d’autorité et l’absence d’une morale publique ». La France est morte oui mon colonel, elle ressuscitera un jour, nous en sommes convaincus. Colonel Argoud ? Présent !



  Argoud

La carrière militaire

En 1934, à 20 ans, Antoine Argoud sort parmi les premiers de l’école polytechnique et opte pour la carrière militaire.

 

En 1940, il supporte mal l’effondrement de l’Armée française en l’année 1940 devant la Wehrmacht. Il rejoint l’Afrique du Nord où le général Weygand essaie de reconstruire l’Armée française. Au débarquement Allié, il rallie la 2e D.B. et participe à la campagne de Tunisie. Suivent la "libération" de la France et la conquête de l’Allemagne.

 

Après l'école de guerre il va à l'état-major de De Lattre (3 ans). Le "Roi Jean" le marquera; pourtant il ne le suit pas lorsque ce dernier est nommé commandant en chef en Indochine car il est passionné par les blindés.

 

La fréquentation de camarades revenant d'Indochine (Lacheroy, Trinquier, etc..) engendre une mutation chez Argoud qui devient petit à petit un adepte de la contre-guérilla.

L'Algérie

En 1954, Jacques Chevalier, secrétaire d’État à la guerre du gouvernement Pierre Mendès France, l’appelle à son cabinet comme attaché militaire. C’est dans ce bureau parisien feutré que le plus jeune colonel de l’Armée française reçoit son affectation comme commandant du 3e Régiment de cavalerie à cheval dans le secteur de l’Arba.

 

Argoud comprend rapidement que l’ABC, qui lui est si chère, n’a pas sa place dans ces batailles des djebels. Argoud, avec ses cavaliers et ses supplétifs musulmans que l’on n’appelait pas encore harkis, applique des méthodes expéditives qui vont impressionner les fellaghas et rassurer les musulmans de la région de L'Arba.

 

Cette méthode consiste en l’application d’une justice rapide et exemplaire, en faisant fusiller sur la place publique les chefs rebelles et les responsables d’exactions inhumaines sur des populations civiles, en présence des survivants ou des familles de leurs victimes. "Il existe une justice pour les temps de paix et une législation pour les temps de guerre; or nous sommes en temps de guerre révolutionnaire ", écrit alors Argoud.

 

Il est rappelé à Paris, parce qu’il dérange les politiques. Un séjour de 1957 à 1958, au sein des Forces françaises en Allemagne, l’écarte de la bataille d’Alger et du coup d’Etat du 13 mai 1958. Il réintègre toutefois, peu après, la guerre d’Algérie, en qualité de chef d’État-Major du Corps d’Armée d’Alger sous les ordres du général Jacques Massu. Les colonels d’Alger, tous baroudeurs de la guerre d’Indochine, (Broizat, Château-Jobert, Gardes, Godard et Lacheroy), demeurent quelque peu sur leur réserve à son égard, parce qu’il n’a jamais combattu en Extrême-Orient.

 

La bavure voulue ou non du général Massu qui provoque son limogeage entraîne alors les "Journées des barricades" déclenchées par Jo Ortiz et Pierre Lagaillarde, en liaison avec Gardes et Argoud. Dans le relais entre un général expérimenté limogé, Massu, et un nouveau commandant en chef débutant, Crespin, le "véritable patron" du Corps d’Armée d’Alger n’est autre qu’Antoine Argoud qui se trouve, pour la première fois de sa carrière, impliqué dans un soulèvement civil appuyé par quelques militaires contre le gouvernement.

 

Argoud s’imagine que la gravité des événements, sous la pression d’un million de Français d’Algérie et de l’Armée engagée dans le confit des djebels, peut amener un changement de politique de la part de De Gaulle ou provoquer son départ. Il essaie d’infléchir Michel Debré, venu faire une excursion rapide et discrète à Alger pour vérifier "l’état des lieux", en lui demandant de rester fidèle à lui–même et à ses engagements des Cahiers de la colère et de faire changer de position le général De Gaulle sur l’avenir de l’Algérie française.

 

Le 24 janvier 1960 n’est pas le 13 mai 1958. Le couperet tombe provoquant exil, mutation, condamnation et prison : le colonel Antoine Argoud est muté à Montpellier puis à Metz. A Paris, il retrouve ses amis d'Alger (Godard, Broizat, Vaudrey, Romain-Desfossés, de Blignières, Château-Jobert, Gardes, Lacheroy).

L'OAS

Le 21 avril 1961, c'est le Putsch. Le Corps d’Armée d’Oran se montre très réticent à rallier les putschistes. Après les renoncements de la Légion du Colonel Brothier de Sidi-Bel-Abbès et de l’Amiral Querville, commandant la base de Mers-El-Kebir, le général Challe envoie alors à Oran Antoine Argoud et les parachutistes des 14ème et 18ème RCP persuader le général de Pouilly, chef du Corps d’Armée d’Oran.

 

Quand ils arrivent à Oran, le général de Pouilly et M. Gey, le préfet de l’Oranie, reniant leur engagement donné au général Zeller, quittent la ville. On apprend alors par Alger l’échec du putsch et la reddition du général Challe. Les deux envoyés sur l’Oranie, le général Gardy et le colonel Argoud, se retrouvent complètement isolés. Argoud est meurtri de ne pas avoir été consulté. Les deux régiments parachutistes regagnent alors leurs zones opérationnelles dans le Constantinois avec Argoud.

 

Gardy se fond dans la clandestinité civile tandis qu' Argoud opte pour l’exil et gagne avec Lacheroy l’Espagne.

 

 

Condamné à mort par contumace le 17 juillet 1961, il est alors interné aux Canaries par Franco, à la demande du gouvernement français. Il s'en évade facilement pour regagner la France, en février 1962. Il entre en contact avec le capitaine Pierre Sergent et le lieutenant Godot, avec lesquels il participe aux actions de l'OAS.

 

 

Argoud rallie le CNR de Georges Bidault et Jacques Soustelle. En mai 1962, il se proclame "Chef de l’OAS en France" afin de ressouder les différents courants de pensée. En qualité de membre du CNR, il prend son bâton de pèlerin sans grand succès. A la suite des reprises d’attentats visant De Gaulle, Pierre Messmer demande une "opération Homo" contre Argoud aux Services spéciaux qui refusent de s’y prêter. Par contre le 25 février 1963, une opération "Barbouzes", menée avec des truands du bar Le Gavroche de Jo Attia, Boucheseiche et Renucci, qu’il a eu le temps d’identifier, avant son enlèvement à la sortie de son hôtel à Munich, le ramène en France. Le chef militaire de l’OAS est retrouvé, ligoté et le visage tuméfié par des coups, dans le coffre d’une fourgonnette, garée près de la préfecture de police, où se trouve le bureau du commissaire Bouvier, chargé d’enquêter sur Argoud.

 

Le chef de la P.J. manifeste aussitôt officiellement sa réprobation d’une telle action au mépris des lois internationales. Le gouvernement allemand réclame, mollement et en vain, la restitution du colonel Argoud. Il est, à nouveau, condamné à la détention criminelle à perpétuité en décembre 1963 par la cour de sûreté de l’Etat. Pendant son procès, il se contente de répondre aux questions des juges : "Je ne suis pas à Paris ! Je suis toujours à Munich !"

Après

Argoud passant à Colombey

 

 

L’amnistie du 15 juin 1968 lui ouvre les portes de la liberté. Il quitte la prison de la Santé pour gagner à pied son village de Darney dans les Vosges. Le périple de 350 kilomètres passe par Colombey-les-deux-églises. D’aucuns prétendent que c’était volontaire et qu’il aurait sonné au portail de La Boisserie où se retirera bientôt De Gaulle.

 

 

Le retour à la Paix d’Antoine Argoud réveille sa première passion : la graphologie. Il ouvre un cabinet d’expertises et œuvre auprès des Tribunaux. Il demeurera toujours fidèle à ses amis politiques et consacrera son bénévolat à la défense de ses compatriotes. En 1974, Il publie son unique livre, La Décadence, l’Imposture, la Tragédie, ouvrage de mémoires autant qu’un manifeste contre la trahison gaulliste, dans lequel il déclarait notamment : "Je ne suis ni amer, ni résigné. Je ne regrette rien, sinon d'avoir perdu car l'abandon de l'Algérie reste une infamie".

 

 

Quelque temps avant sa mort, il déclarait : "Les jeunes générations doivent retenir cette grande leçon : la fermeté de caractère est la plus grande qualité de l'homme. Elle passe largement avant l'intelligence… La France est perdue à vue humaine. La faiblesse de la natalité en constitue la cause essentielle… le chaos qui s'est installé dans la société en France n'est que le résultat de l'absence des trois facteurs essentiels à sa survie : la dénatalité, l'absence totale d'autorité et l'absence d'une morale publique."

Texte à l'appui

In memoriam


Argoud en Algérie

 

Carrière... un mot à chasser quand on évoque la vie du colonel Argoud. Si, pour tenir sa parole au mépris de ses plus légitimes intérêts, on se dresse contre le Pouvoir, on n'est pas carriériste. Les seuls mots valables sont : trajectoire, course, quête... Et chacun sait ce qu'ils recouvrent pour Argoud : Polytechnique, Saumur, Campagne de Tunisie (blessé).

 

État-Major particulier du Maréchal de Lattre (qui le considérait comme son fils spirituel). Puis en Algérie, celui du général Massu, où il apparaît comme un partisan intraitable de l'Algérie française.

Au procès dit "des Barricades", il apporte son entier soutien aux patriotes. Les palinodies du Pouvoir l'écœurent ; il s'active dès lors à la préparation du Putsch. Il est condamné à la peine de mort par contumace, et rejoint l'OAS-CNR de Georges Bidault et Jacques Soustelle, pour s'enfoncer dans la clandestinité, franchissant les frontières, pourchassé par les polices du Régime.

 

Son odyssée s'achève à Munich où des sicaires l'enlèvent en février 63.

 

Probablement, grâce à un homme du milieu, recruté pour l'opération, il aura la vie sauve ; un truand pied-noir qui possédait le sens de l'honneur. Il refusera de se présenter devant ses juges. "J'ai refusé d'assister à cette parodie de justice... Je risquais la peine de mort, mais la nuit du verdict, j'ai dormi comme un bébé..."

Libéré à la faveur de la chienlit soixante-huitarde, il prend la route, à pied, vers ses Vosges natales. Des routiers qui écoutent Europe n°1 l'invitent à monter mais il refuse.

 

Passant par Colombey, il est interrogé par des gendarmes sur ses intentions. "Voir le général!" "Le général n'est pas présent aujourd'hui!" Et Argoud d'éclater de rire : "Comment pouvez-vous croire que je veuille rencontrer cette ordure!"

 

Quand s'annonce Darney, il coupe à travers les bois de son enfance et, observé craintivement derrière les fenêtres, il remonte la grande rue. Voici la vieille maison familiale que Sa Grandeur avait tenté de lui ravir (elle fut sauvée par l'indivision ).

 

Pour libérer une énergie inemployée par cinq années de geôle, il restaure une antique demeure de verrier, taillant au pic un escalier dans la roche. Lors de son hospitalisation au Val-de-Grâce, à 78 ans, le médecin déclare: "Il ne marchera plus".

 

Dès son retour, il parcourt les 12 km qui le séparent de cette maison. A 87 ans, il enjambe une clôture de barbelés pour libérer un arbre que le fil blessait.

 

Après avoir longtemps hésité, il accepte de recevoir Massu qui ne voulait pas mourir avant de le revoir. C'est en grand uniforme que celui-ci s'incline devant l'homme que ses officiers, en Algérie, appelaient le petit prince.

 


Tombe à Darney

 

Sur son cercueil, pas de drapeau, de décorations, de képi... Vêtu d'un simple costume civil, il repose dans la grande paix de la mission accomplie, envers et contre tous. Dans la nef, un seul et modeste drapeau, celui des anciens combattants de Darney, l'église est bondée. Quelques-uns de ses compagnons de combat, de clandestinité et de captivité sont là. Et des gendarmes en tenue qui tiennent à lui rendre hommage malgré l'ostracisme officiel. Ceux-là qui, peut-être, lui avaient signifié le refus des autorités judiciaires de le voir poursuivre ses investigations graphologiques dans l'affaire du petit Grégory...

 

Le cortège funèbre passa devant l'auberge où un jour il déjeunait avec des amis dans une salle pleine. Un général de passage (vraiment de passage...) voyant le colonel lance d'un ton théâtral : "Argoud, je suis heureux de vous voir !". "Moi, pas !" : réponse de mousquetaire, à la Dumas.

 

Et l'autre de déguerpir, furieux, apostrophant l'aubergiste coupable de ne pas l'avoir prévenu de cette présence. "Quel homme dans ce dur combat vous aura le plus impressionné, mon colonel ?" "Georges Bidault... Il n'avait rien à gagner, mais il a pris tous les risques pour servir l'intérêt de la France."

 

Le courage était la seule monnaie qui vaille pour lui. Le colonel Argoud pouvait prétendre à une exceptionnelle carrière militaire, au sens bourgeois. Mais il était prince, et a préféré, fidèle à son pays, à sa parole, aux populations qu'il avait pour mission de défendre, une voie moins sûre. Celle où la gloire ne vous échoit pas sous forme d'étoiles aux épaules, ou de prébendes, mais vous fait entrer dans l'Histoire, celle dont les pages coûtent cher. Quelle belle carrière quand même...

 

Luc Boivin

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