1er novembre. Fête de Tous les Saints

Publié le par rémy

- Fête de Tous les Saints. 837.

"Le nombre de ceux que je vis alors dans le Ciel était si prodigieux que les calculs de l'homme seraient impuissants à l'apprécier."
Apocalypse. VII, 9.



Chants royaux du Puy. Notre Dame d'amiens. Antoine de Cocquerel. XVe.

Vers l'an 607, le pape Boniface IV fit ouvrir et purifier le Panthéon et le dédia sous le nom de la sainte Vierge et de tous les martyrs, et, comme l'assure le cardinal Baronius dans ses Notes sur le martyrologe, il y fit transporter vingt-huit chariots d'ossements des mêmes martyrs, tirés des cimetierres de la ville.
Puis, en même temps, il ordonna que tous les ans, au jour de cette dédicace, qui fut le 12 mai, on fit à Rome une grande solennité en l'honneur de la mère de Dieu et de tous ces glorieux témoins de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.


Basilique Sainte-Marie aux Martyrs. Rome.

Ainsi ce temple, où les démons avient été adorés, devint une maison sainte, destinée au culte religieux de tous les serviteurs de Dieu. On l'appela premièrement Sainte-Marie aux Martyrs, et maintenant on l'appelle Notre-Dame de la Rotonde, à cause de la figure de ce bâtiment qui est en rond.


Tel fut la première origine de la fête de tous les Saints. Vers l'an 731, le pape Grégoire III consacra une chapelle dans l'église de Saint-Pierre en l'honneur de tous les Saints, et depuis ce temps là on a toujours célébré à Rome la fête dont nous parlons. Le pape Grégoire IV étant venu en France l'an 837, sous le règne de Louis le Débonnaire, la Fête de tous les Saints s'y introduisit et fut bientôt presque universellement adoptée. Le pape Sixte IV, en 1480, lui a donné une octave, ce qui l'a rendue encore plus célèbre.

" Je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s'élevait une acclamation puissante: Gloire à notre Dieu (Apoc. VII, 9-10.) !"

Le temps n'est plus ; c'est l'humanité sauvée qui se découvre aux yeux du prophète de Pathmos. Vie militante et misérable de cette terre (Job. VII, 1.), un jour donc tes angoisses auront leur terme. Notre race longtemps perdue renforcera les chœurs des purs esprits que la révolte de Satan affaiblit jadis ; s'unissant à la reconnaissance des rachetés de l'Agneau, les Anges fidèles s'écrieront avec nous : Action de grâces, honneur, puissance à notre Dieu pour jamais (Apoc. VII, 11-14.) !


La cité de Dieu. Saint Augustin. Anonyme italien. XVe.

Et ce sera la fin, comme dit l'Apôtre (I Cor. XV, 24.) : la fin de la mort et de la souffrance ; la fin de l'histoire et de ses révolutions désormais expliquées. L'ancien ennemi, rejeté à l'abîme avec ses partisans, ne subsistera plus que pour attester sa défaite éternelle. Le Fils de l'homme, libérateur du monde, aura remis l'empire à Dieu son Père. Terme suprême de toute création, comme de toute rédemption : Dieu sera tout en tous (I. Cor. XV, 24-28.).

Bien avant le voyant de l'Apocalypse, déjà Isaïe chantait : J'ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime ; les franges de son vêtement remplissaient au-dessous de lui le temple, et les Séraphins criaient l'un à l'autre : Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire (Isai. VI, 1-3.).

Les franges du vêtement divin sont ici les élus, devenus l'ornement du Verbe, splendeur du Père (Heb. I, 3.). Car depuis que, chef de notre humanité, le Verbe l'a épousée, cette épouse est sa gloire, comme il est celle de Dieu (I Cor. XI. 7.). Elle-même cependant n'a d'autre parure que les vertus des Saints (Apoc. XIX, 8.) : parure éclatante, dont l'achèvement sera le signal de la consommation des siècles. Cette fête est l'annonce toujours plus instante des noces de l'éternité; elle nous donne à célébrer chaque année le progrès des apprêts de l'Epouse (Ibid.).

Heureux les conviés aux noces de l'Agneau (Ibid.) ! Heureux nous tous, à qui la robe nuptiale de la sainte charité fut remise au baptême comme un titre au banquet des cieux ! Préparons-nous, comme notre Mère l'Eglise, à 1'ineffabte destinée que nous réserve l'amour. C'est à ce but que tendent les labeurs d'ici-bas : travaux, luttes, souffrances pour Dieu, relèvent d'inestimables joyaux le vêtement de la grâce qui fait les élus. Bienheureux ceux qui pleurent (Matth. V, 5.) !


Notre Dame sauvant une âme pour l'accueillir en Paradis. Manuscrit copte d'Abadie.

Ils pleuraient, ceux que le Psalmiste nous montre creusant avant nous Je sillon de leur carrière mortelle (Psalm. CXXV.), et dont la triomphante allégresse déborde sur nous, projetant à cette heure comme un rayon de gloire anticipée sur la vallée des larmes. Sans attendre au lendemain de la vie, la solennité commencée nous donne entrée pat la bienheureuse espérance au séjour de lumière où nos pères ont suivi Jésus, le divin avant-coureur (Heb. VI, 19-20.).
Quelles épreuves n'apparaîtraient légères, au spectacle des éternelles félicités dans lesquelles s'épanouissent leurs épines d'un jour ! Larmes versées sur les tombes qui s'ouvrent à chaque pas de cette terre d'amertume, comment le bonheur des chers disparus ne mêlerait-il pas à vos regrets la douceur du ciel ? Prêtons l'oreille aux chants de délivrance de ceux dont la séparation momentanée attire ainsi nos pleurs ; petits ou grands (Apoc. XIX, 5.), cette fête est la leur, comme bientôt elle doit être la nôtre. En cette saison où prévalent les frimas et la nuit, la nature, délaissant ses derniers joyaux, semble elle-même préparer le monde à son exode vers la patrie sans fin.

Chantons donc nous aussi, avec le Psaume :
" Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds ne sont encore qu'en tes parvis, mais nous voyons tes accroissements qui ne cessent pas, Jérusalem, ville de paix, qui te construis dans la concorde et l'amour. L'ascension vers toi des tribus saintes se poursuit dans la louange ; tes trônes encore inoccupés se remplissent. Que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment, ô Jérusalem ; que la puissance et l'abondance règnent en ton enceinte fortunée. A cause de mes amis et de mes frères qui déjà sont tes habitants, j'ai mis en toi mes complaisances ; à cause du Seigneur notre Dieu dont tu es le séjour, j'ai mis en toi tout mon désir (Psalm. CXXI.)."


A LA MESSE


Saint Pierre accueillant les justes en Paradis. Maître tyrolien inconnu. XVe.

Aux calendes de novembre, c'est le même empressement qu'à la Noël pour assister au Sacrifice en l'honneur des Saints, disent les anciens documents relatifs à ce jour. Si générale que fût la fête, et en raison même de son universalité, n'était-elle pas la joie spéciale de tous, l'honneur aussi des familles chrétiennes ? Saintement fières de ceux dont elles se transmettaient de générations en générations les vertus, la gloire au ciel de ces ancêtres ignorés du monde les ennoblissait à leurs yeux par-dessus toute illustration de la terre.

Mais la foi vive de ces temps voyait encore en cette fête une occasion de réparer les négligences, volontaires ou forcées, dont le culte des bienheureux inscrits au calendrier public avait souffert au cours de l'année. Dans la bulle fameuse Transiturus de hoc mundo, où il établit la fête du Corps du Seigneur, Urbain IV mentionne la part qu'eut ce dernier motif à l'institution plus ancienne de la Toussaint ; et le Pontife exprime l'espoir que la nouvelle solennité vaudra une même compensation des distractions et tiédeurs annuelles au divin Sacrement, où réside Celui qui est la couronne de tous les Saints et leur gloire (Cap. Si Dominum, De Reliqu. et Veneratione Sanctorum, Clementin. III, XVI.).


ÉPÎTRE


La Très Sainte Trinité que nous contemplerons sans fin... Heures à l'usage de Paris. Chambéry. XIVe.

Lecture du livre de l'Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. VII.

" En ces jours-là, moi Jean, je vis un autre Ange qui montait à l'Orient ; il portait le signe du Dieu vivant, et il cria d'une voix forte aux quatre Anges investis de la mission de frapper la terre et la mer, disant :
" Ne frappez pas la terre et la mer, ni les arbres, jusqu'à ce que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu."
Et j'entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués ; ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d'Israël, à savoir : de la tribu de Juda, marqués douze mille ; de la tribu de Ruben, marqués douze mille ; de la tribu de Gad, marqués douze mille ; de la tribu d'Aser, marqués douze mille ; de la tribu de Nephthali, marqués douze mille ; de la tribu de Manassé, marqués douze mille ; de la tribu de Siméon, marqués douze mille ; de la tribu de Lévi, marqués douze mille ; de la tribu d'Issachar, marqués douze mille ; de la tribu de Zabulon, marqués douze mille ; de la tribu de Joseph, marqués douze mille ; de la tribu de Benjamin, marqués douze mille.
Ensuite, je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, et en présence de l'Agneau, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s'élevait une acclamation puissante :
" Gloire à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau !"
Et tous les Anges se tenaient debout autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu, disant : Amen ; bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance, force à notre Dieu dans les siècles des siècles ! Amen."

Une première fois, aux jours de son premier avènement, l’Homme-Dieu, se servant pour cela de César Auguste, avait dénombré la terre (Luc. II, I.) : il convenait qu'au début de la rédemption, fût relevé officiellement l'état du monde. Et maintenant, l'heure a sonné d'un autre recensement, qui doit consigner au livre de vie le résultat des opérations du salut.

" Pourquoi ce dénombrement du monde au moment de la naissance du Seigneur, dit saint Grégoire en l'une des Homélies de Noël, si ce n'est pour nous faire comprendre que dans la chair apparaissait Celui qui devait enregistrer les élus dans l'éternité (Lectio VII in Nocte Natal. Domini ; ex Homil. VIII, in Ev.) ?"

Mais plusieurs s'étant soustraits par leur faute au bénéfice du premier recensement, qui comprenait tous les hommes dans le rachat du Dieu Sauveur, il en fallait un deuxième et définitif, qui retranchât de l'universalité du précédent les coupables. Qu'ils soient rayés du livre des vivants ; leur place n'est point avec les justes (Psalm. LXVIII, 29.) : c'est la parole du Prophète-roi que rappelle au même lieu le saint Pape.

Toute à l'allégresse cependant, l'Eglise en ce jour ne considère que les élus ; comme c'est d'eux seuls qu'il est question dans le relevé solennel où nous venons de voir aboutir les annales de l'humanité. Eux seuls, par le fait, comptent devant Dieu ; les réprouvés ne sont que le déchet d'un monde où seule la sainteté répond aux avances du Créateur, aux mises de l'amour infini. Sachons prêter nos âmes à la frappe divine qui doit les conformer à l'effigie du Fils unique (Rom. VIII, 29.), et nous marquer pour le trésor de Dieu. Quiconque se dérobe à l'empreinte sacrée, n'évitera point celle de la bête (Apoc. XIII, 16.) ; au jour où les Anges arrêteront le règlement de compte éternel, toute pièce non susceptible d'être portée à l'actif divin ira d'elle-même à la fournaise, où brûleront sans fin les scories (Ibid. XIV, 11.).


ÉVANGILE


Jugement dernier. Bible arménienne. Parsam de Turquie. XVIe.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. V.

" En ce temps-là, Jésus voyant la foule monta sur une montagne, et lorsqu'il fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Et ouvrant sa bouche, il les enseignait, disant :
" Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux.
Bienheureux les doux, parce qu'ils posséderont la terre.
Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés.
Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux les purs de cœur, parce qu'ils verront Dieu.
Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu.
Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux.
Bienheureux êtes-vous quand on vous maudit, quand on vous persécute, quand on dit faussement de vous toute sorte de mal, à cause de Moi : réjouissez-vous et tressaillez, parce que votre récompense est grande dans les cieux."


Couronnement de la très sainte Vierge Marie. Fra Angelico. XVe.

Si proche du ciel est aujourd'hui la terre, qu'une même pensée de félicité emplit les cœurs. L'Ami, l'Epoux, le divin Frère des fils d'Adam revient lui-même s'asseoir au milieu d'eux et parler de bonheur. Venez à moi, vous tous qui peinez et souffrez, chantait tout à l'heure le Verset de l'Alleluia, cet écho fortuné de la patrie, qui pourtant nous rappelait notre exil. Et aussitôt, en l'Evangile, est apparue la grâce et la bénignité de notre Dieu Sauveur (Tit. II, II ; III, 4.). Ecoutons-le nous enseigner les voies de la bienheureuse espérance (lbid. 11, 12-13.), les délices saintes, à la fois garantie, avant-goût, du bonheur absolu des cieux.

Au Sinaï, Jéhovah, tenant le Poldève à distance, n'avait pour lui que préceptes et menaces de mort. Au sommet de cette autre montagne où s'est assis le Fils de Dieu, combien différemment se promulgue la loi d'amour ! Les huit Béatitudes ont pris en tête du Testament nouveau la place qu'occupait, comme préface de l'ancien, le Décalogue gravé sur la pierre.

Non qu'elles suppriment les commandements; mais leur justice surabondante va plus loin que toutes prescriptions. C'est de son Cœur que Jésus les produit, pour les imprimer, mieux que sur le roc, au cœur de son peuple. Elles sont tout le portrait du Fils de l'homme, le résumé de sa vie rédemptrice. Regardez donc, et agissez selon le modèle qui se révèle à vous sur la montagne (Exod. XXV, 40 ; Heb. VIII, 5.).

La pauvreté fut bien le premier trait du Dieu de Bethléhem ; et qui donc apparut plus doux que l'enfant de Marie? qui pleura pour plus nobles causes, dans la crèche où déjà il expiait nos crimes apaisait son Père ? Les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de cœur, les pacifiques : où trouveront-ils qu'en lui l'incomparable exemplaire, jamais atteint, imitable toujours ? Jusqu'à cette mort, qui fait de lui l'auguste coryphée des persécutés pour la justice ! suprême béatitude d'ici-bas, en laquelle plus qu'en toutes se complaît la Sagesse incarnée, y revenant, la détaillant, pour finir avec elle aujourd'hui comme en un chant d'extase !


Paradis céleste. Bréviaire à l'usage de Paris. XIVe.

L'Eglise n'eut point d'autre idéal ; à la suite de l'Epoux, son histoire aux divers âges ne fut que l'écho prolongé des Béatitudes. Comprenons, nous aussi ; pour la félicité de notre vie sur terre, en attendant l'éternel bonheur, suivons le Seigneur et l'Eglise.

Les Béatitudes évangéliques élèvent l'homme au-dessus des tourments, au-dessus même de la mort, qui n'ébranle pas la paix des justes, mais la consomme. C'est ce que chante l'Offertoire, dans ces lignes empruntées au livre de la Sagesse.

Publié dans Histoire de l'Eglise

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